La Tour Plogrov (32)

Chapitre XXXII
Rivalité

Xanthia descend de l’ascenseur et frappe à la porte. Julien va ouvrir, surpris de se trouver face à face avec la blonde redoutable.

Avouez que cette prison n’est pas très contraignante.

« Je veux parler à Lynda.

– Qu’est-ce que tu lui veux, à Lynda ?

– Je lui veux que je veux la voir. Pousse-toi, minable. »

Elle bouscule Julien de la main et investit la place.

« Tu veux me voir, tu m’as vue. Maintenant, tu peux sortir. »

Les deux rivales s’affrontent du regard.

« J’ai besoin d’un endroit tranquille, pour parler.

– Suis-moi. »

Les deux femmes s’éloignent jusqu’à une petite pièce sans meubles. Julien les suit de loin. Un vasistas permet de voir à l’intérieur depuis le couloir, à condition d’être grand.

« Tu sais que j’épouse Dimitri.

– Félicitations ! j’espère que tu m’enverras un faire-part.

– Ce n’est pas tellement pour sa bobine. Ce qui m’intéresse, c’est le pouvoir et la divinité. Ensuite, je pourrai toujours l’euthanasier.

– En quoi cela me concerne ?

– Ça te concerne parce qu’il t’épouse toi aussi, et j’ai peur qu’à trois, nous fassions un joli ménage.

– D’abord, le pouvoir ne m’intéresse pas, la divinité encore moins. Pour ce qui est d’épouser Dimitri, il peut aller se faire cuire un œuf d’autruche. Je n’appartiens qu’à un seul homme : le père de mes enfants.

– Je ne comprendrai jamais comment une fille comme toi a pu épouser ce pauvre mec.

– Sympa ! se dit Julien qui ne perd rien de la discussion.

− Je ne comprends pas non plus que Dimitri veuille s’encombrer de deux femmes, dont une mariée. Cela fait quatre dans le ménage, plus tes lardons.

– C’est pourtant simple : Plogrov veut rendre la polygamie obligatoire. Comme le peuple ne suit pas, il donne le bon exemple.

– Quoi qu’il en soit, je ne tolère aucun partage. Dimitri va me conduire au sommet de la tour. De là, il abattra l’Éternel et se proclamera Dieu. Et moi je serai sa déesse. Il n’y en a pas d’autres. Alors, je vais commencer par te régler ton compte.

– Vous être tous les deux lézardés du clocher. Laisse-moi tranquille avec vos petites affaires. Je te l’ai déjà dit : ce ne sont pas les miennes.

– Est-ce que tu as peur ?

– Certainement pas.

– Tant mieux. Cela m’aurait désolée de te voir fuir devant moi. Je vais transformer ta viande en pâtée pour chat. Je vais pulvériser tes os et j’en ferai de l’engrais pour mes géraniums.

– Alors, allons-y gaiement. »

L’affrontement verbal fait place à l’affrontement physique. Lynda avait pourtant promis à son pasteur de ne plus distribuer de beignes, mais elle s’y sent tout de même poussée par les circonstances. Pour se donner bonne conscience, elle laisse à son adversaire l’initiative des premiers ramponneaux, puis elle riposte.

De sa cachette, Julien compte les coups, applaudissant quand sa bien-aimée en distribue, cachant sa bouche dans ses mains quand elle en reçoit.

Au bout de longues minutes de violence, la candidate à la divinité s’effondre, le nez contre le carrelage. Lynda, les mains rougies de sang, le visage noirci par les poings de Xanthia, abasourdie, mais triomphante, pose son pied entre les épaules de sa rivale.

Julien surgit dans l’arène et se précipite dans les bras de Lynda.

« Tu vas bien, ma chérie ?

– Je suis en vie, mais il s’en est fallu de peu. Quelle tigresse ! »

Plogrov avait été averti qu’un conflit s’était déclaré entre ses deux fiancées et avait décidé d’intervenir avant que l’une se fasse tuer par l’autre, mais il est arrivé avec les carabiniers.

Pendant que Julien console Lynda et lui applique des compresses d’eau froide, Dimitri essaye de relever Xanthia, la secouant sans ménagement et lui criant dans les oreilles. Celle-ci finit par ouvrir les yeux et prononcer quelques paroles :

« Qu’est-fe qu’elle m’a mis, fette garfe ! »

Puis elle retomba dans le cirage.

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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