La Cantine des Italiens (25)

Chapitre XXV
La Reine amochée

Xanthia se relève péniblement, tenant sa figure dans ses mains.

« Je constate avec plaisir que tes poings sont toujours aussi solides.

– Ainsi, tu t’appelles Nolwenn.

– Nolwenn Le Kervédec. Et ce n’est pas un nom grec, je suis bretonne.

– Nolwenn Le Kervédec. Il va falloir que je m’y habitue.

– Pour le mauvais quart d’heure qu’il te reste à vivre, tu peux continuer à m’appeler Xanthia.

– Xanthia, Nolwenn, Éva, ou quel que soit ton prénom, fais-moi le plaisir de disparaître avant que je t’administre une puissante correction.

– Une correction ? Tu as la prétention de me corriger ? Regarde ce que je t’ai apporté, ma poulette. »

Lynda pousse un soupir de surprise. Son ennemie vient de sortir de sa poche un poing américain qu’elle ajuste à sa main droite.

« Il ne faut pas qu’elle voie que j’ai peur, pense Lynda, ça lui ferait trop plaisir. »

Nolwenn la frappe en plein visage. Elle s’écroule avec un cri de douleur.

« Et deux incisives en moins ! Fais une croix sur ton sourire d’ange, ma chérie. Toutes tes dents vont y passer.

– Elle va me tuer, dit la victime en elle-même. Seigneur, je remets ma vie entre tes mains. »

L’impitoyable furie relève sa victime, elle lui prend le visage dans ses mains, puis elle frappe trois coups dans le ventre. Lynda suffoque, elle se plie en deux, tombe sur ses genoux.

« Pitié, Xanthia ! Pitié !

– Pitié ? Si j’avais imaginé qu’un jour la grande Lynda de Syldurie se prosternerait devant moi pour implorer ma pitié ! Mais il n’y aura pas de pitié pour toi, ma jolie. Je vais te pulvériser tous les os, à commencer par ceux de la face, ensuite, je t’écrabouillerai le foie. »

La cruelle créature empoigne les cheveux de Lynda pour la forcer à la regarder en face. Elle lui décoche un coup de genou au visage, puis un autre, puis un troisième, le calvaire de notre pauvre amie lui semble durer des heures, un quatrième, un cinquième, une troisième dent se brise, le genou de la tortionnaire est inondé de sang.

Un coup de feu éclate. Une balle sectionne la colonne vertébrale de Nolwenn et lui transperce la poitrine. Elle s’écoule. Dimitri vient d’abattre sa compagne.

« F’est ventil, mon petit Dimitri. Cette mèvère était en train de me tuer.

– Tu ne veux pas savoir pourquoi j’ai fait ça ?

– Fi, pourquoi as-tu fait fa ?

– Tout d’abord, parce que ta remarque de tout à l’heure m’a fait réfléchir. Xanthia est vraiment une mante religieuse. Elle m’aurait tué après m’avoir manipulé jusqu’au bout. Tu as vu comme elle m’a traité. Elle me prend déjà pour son vassal.

– Enfuite ?

– Ensuite, nous avons beau être devenus ennemis, je n’ai jamais cessé de t’aimer. Oui, Lynda, je t’aime toujours. C’est sans doute pour cette raison que j’ai pris plaisir à castagner ton imbécile de mari.

– Vulien n’est pas v’un imbéfile.

– Ce serait tellement plus facile si tu acceptais de devenir ma maîtresse.

– Fa, tu peux touvours efpérer.

– Il n’empêche qu’elle t’a salement arrangée, ta copine. Te voici la reine la plus amochée de l’histoire de la Syldurie.

– Fife-toi de moi en pluf ! Kfanthia n’est pas ma copine, pour commenfer.

– As-tu bien réfléchi ? Tu ne veux vraiment pas devenir mon impératrice, puisque le poste est vacant ?

– Non merfi, fans fafons.

– C’est vraiment dommage. Il va falloir que je te tue, mais il n’y a pas urgence. Alors voilà ce qu’on va faire : considère-toi comme ma prisonnière. J’espère que tu seras raisonnable et que je n’aurai pas besoin de t’attacher ou de te mettre mon revolver dans le dos. Je t’emmène chez moi. Je te signale au passage que Xanthia se piquait à la morphine et je commencerai par t’en injecter quelques gouttes. Ça ne fera pas repousser tes dents, mais ça soulagera ta douleur.

– F’est vraiment ventil.

– Et je te retrouverai ton bonhomme et tes deux gosses. Ce n’est pas que je tienne tant à leur compagnie, surtout à celle de ton benêt, mais je ne tiens pas à ce qu’il remue tout le royaume pour te retrouver.

– Défidément, tu es v’un anve.

– Allons ! En route. »

Pendant ces sanglants incidents, Éva mettait tout en œuvre pour rasséréner Yannick, dont la main si peu délicate de Nolwenn avait fracassé le cœur. Le jeune autiste avait retrouvé son calme et son visage rayonnait d’une clarté qui lui est peu coutumière.

« J’ai voulu voir Nolwenn, je l’ai vue, dit-il. Elle est l’idole dont l’obsession m’a gâché la vie. Elle a volé la place qui revenait au Sauveur de mon âme. Maintenant, je suis une nouvelle création. Le 12 février 2004, ça tombe un jeudi. Tu sais où se trouve Ziguinchor ?

– Nous devrions retrouver Lynda, intervient Mamadou. Vous ne croyez pas que nous aurions tout de même dû alerter la garde ?

– Pensez donc ! répond Julien, Lynda, c’est une lionne. L’autre a reçu la dégelée de sa vie. »

Le petit groupe pénètre dans le pavillon, théâtre de la terrible lutte.

« Il ne faut pas que les enfants voient cela, dit Julien, Yannick non plus. »

Nolwenn gisait dans son sang. Sur le parquet, une autre tache de sang, le sang de Lynda, témoignait de la violence du combat.

« Elle l’a tuée, dit Julien, je ne pensais pas que ma femme aurait pu faire une telle chose. »

Mamadou, qui possède quelques bases en balistique, observe l’impact de la balle dans le mur.

« Ce n’est pas Lynda qui l’a abattue. On lui a tiré dans le dos. Méchant calibre !

– Mais où est passée Lynda ? »

Julien appelle son épouse. Pas de réponse. Mamadou pose sa main sur son épaule.

« Ne t’inquiète pas. Elle a été blessée, je suis sûr qu’elle a elle-même appelé l’ambulance. Appelons l’hôpital. Elle s’y trouve certainement. »

Mais à Boris II, personne n’est au courant du tragique événement. Nul n’a vu y entrer la reine. L’inquiétude de Julien grandit.

« Quelque part en Syldurie, dans le repaire secret du grand Nimrod, Dimitri fouille l’armoire à pharmacie de Nolwenn.

Quel bazar, là-dedans… ce n’est pas ça… ça non plus… ça non plus… Tiens, c’est avec ça qu’elle a tué Franck… ça, c’est pour ses périodicités douloureuses… Ah ! Nous y voilà ! »

Le triste sire s’empare du plateau, de la seringue et de la fiole. Il pénètre dans la chambre, confortable mais verrouillée, où l’attend sa protégée.

« Mais où est donc passée Lynda ? »

Havré, le 14 juin 2017

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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