Nébucadnetsar -Acte III

ACTE III

La vallée de Dura, près de Babylone, une esplanade dominée par une statue monumentale à l’effigie de Nébucadnetsar.

Scène Première

NAZAR – NAKIM – KIRA

NAZAR
Voyez cette statue de Nébucadnetsar !

NAKIM
Admirable fondeur, bien ferré dans son art !

KIRA
Voilà bien de ce roi la véritable image
Car elle a, comme lui, le chef dans les nuages.

NAZAR
Ce versatile roi n’avait-il pas promis
Au Dieu de Beltschatsar de demeurer soumis ?

NAKIM
Il promit en effet. Descendu comme un ange,
Beltschatsar expliqua au roi son rêve étrange.
Il jura par ses dieux d’adorer l’Éternel,
Proclamant devant nous ce serment solennel,
Et de ce nouveau Dieu, dévotion suprême,
Il nous fait ériger la statue de lui-même.
Est-ce en ce monument qu’l a fondé sa foi ?

NAZAR
Croit-il que c’est aux dieux de servir tous les rois ?

NAKIM
Est-ce bien cohérent ?

KIRA
                                   Du souverain la tête
Se tourne à tous les vents, telle une girouette.
Il ne sait plus quel maître il lui faut adorer.

NAZAR
On prétend que le vent qui le fait chavirer
Se prénomme Kira. Étrange prophétesse,
Es-tu sa conseillère, ou plutôt sa maîtresse ?

KIRA
Le vent, telle la paille, disperse la rumeur
Et révèle à chacun les secrets de mon cœur.
Oui, j’ai séduit le roi, j’en ai fait mon esclave.
Tel un agneau soumis ma main conduit ce brave.

NAZAR
Vous domptâtes ainsi – quel exploit ! – ce lion.

KIRA
Je me joue de ce prince aussi bien que d’un pion.
Virtuose du charme aux grâces infinies,
Aussi, je l’ai guéri de sa misogynie.
De mes cheveux de jais dans la mer il sombra ;
Soumis à mes regards, prisonnier de mes bras.

NAZAR
Vous, maîtresse du roi ! La reine, qu’en dit-elle ?

KIRA
La reine n’en dit rien, la sotte péronnelle
Sur son homme jamais n’eut le moindre soupçon,
De moi ne se défie en aucune façon.
Je suis reine, à présent, le prince est mon caniche
Et sa femme, au palais, fait fonction de potiche.
J’ai brûlé ce grand roi du feu de mes yeux noirs ;
Je convoite son trône et rêve de pouvoir.
Servie par la magie, je n’aurai point de peine
À priver de la vie sa ridicule reine.
Je sais bien mélanger des plantes le poison
Et les dieux de Sumer me donneront raison.
Du roi j’aurai le trône, le sceptre et la couronne ;
Un jour ce sera moi que craindra Babylone.

NAZAR
Mais, le roi…

KIRA
                        Je saurai le perdre, en vérité.

NAKIM
Voilà bien la traîtresse avec sa cruauté.
Tu nous effraies, Kira. Que de fraude et de ruse !
Dans la mort et les pleurs, dans le sang tu t’amuses !

NAZAR
Voici la reine.

KIRA
                        Hélas ! aurait-elle entendu ?

NAZAR
Tenons-nous à l’écart. Je veux être pendu
Si d’importants secrets nous ne pouvions surprendre.

NAKIM
Dissimulons-nous là. Cachés pour mieux entendre.
(Les mages se cachent. Entre la reine, accompagnée de Daniel.)

Scène II

NAZAR – NAKIM – KIRA (cachés)
LA REINE – DANIEL

LA REINE
Je voulais vous montrer cette folie, Daniel :
Mon pauvre époux se voit élevé jusqu’au ciel.
De sa prétention voici la démesure
Et je crains qu’en sa tête il ait quelque fissure.

NAZAR
Oui, potiche fêlée qui laisse passer l’eau
Et répand le bon vin sur le sol en ruisseau.

LA REINE
Le roi, sur votre vie a-t-il tenu promesse ?

DANIEL
Il me comble de bien, Reine, je le confesse,
M’offre une chaîne d’or et de riches présents ;
De la province entière j’ai le gouvernement.
Il m’honore, à sa cour il m’élève sans cesse.
J’aurais bien préféré qu’il m’ôte ces richesses,
Qu’il m’offre moins d’argent, que l’on m’ait oublié
Mais que le nom de Dieu fut seul glorifié,
Car tout nous vient de lui : le bonheur, la souffrance,
Le succès, le mépris, la douleur, l’espérance.
De lui vient la victoire à l’issue du combat,
Le sceptre et la couronne au front du potentat,
Mais les revers aussi, les coups de l’adversaire,
L’humiliation, la peur et la misère.
Hélas ! Déconvenue, lourde déception,
Le roi qui s’est tourné vers le Dieu de Sion,
Adonaï Shébaoth, le créateur unique,
S’en détourne aussitôt, par un fondeur inique
Coula cette effigie. Étrange vanité.
Voici ce que déclare le Dieu de vérité :
Pour te glorifier tu n’auras point d’image.
Mon Dieu ne donne pas son honneur en partage.

LA REINE
Mon époux, je le crains, lui-même s’est perdu
En faisant ériger ce colosse fondu,
Glorifiant ainsi son unique personne.

NAZAR
Notre reine a raison, ce vieux roi déraisonne.

NAKIM
Il lui manque un boulon, la reine n’a pas tort.

LA REINE
Beltschatsar, bon savant, vous seul pouvez encor
Aller parler au roi. Vous le pourrez sans doute,
Car Nébucadnetsar nullement ne m’écoute
Et je crains comme vous notre guide éternel.
Vous seul savez encore d’un avis fraternel
Redresser sa raison. Parlez-lui, je vous prie.
Vous êtes mon espoir, j’en réponds sur ma vie.

DANIEL
Au roi je parlerai, qu’importe son humeur.
(Daniel et la reine se séparent. Les trois mages sortent de leur cachette.)

Scène III

NAZAR – NAKIM – KIRA

NAZAR
Beltschatsar, ce maudit, nous portera malheur.
Privilégié du roi, conseiller de la reine,
Sa foi au Dieu vivant ronge, telle gangrène
L’autorité des mages.

NAKIM
                                   Pourquoi tant le haïr ?
Sans lui ton sacerdoce aurait pu mal finir.
N’a-t-il pas de nos pieds une épine tirée ?
Une épine ? Que dis-je ? Plus longue qu’une épée,
C’est même un javelot, c’est un pieu, c’est un pal.

KIRA
Il nous a bien tirés d’embarras, l’animal.

NAKIM
Vous souhaitez sa mort, Étrange turpitude !
Seriez-vous étouffés par votre gratitude ?

NAZAR
Beltschatsar nous tira, c’est vrai d’un mauvais pas ;
Sans l’aide de son Dieu nous filions au trépas.
Nous lui disons merci d’un cœur plein de louanges,
Pourtant, la jalousie sous la peau nous démange.
Et Nébucadnetsar, le roi, notre patron,
Ne jure que par lui. Peste soit du larron !
Car c’est notre prestige que le coquin bafoue
Et de notre science, de notre art il se joue.
Qui va trouver le roi en quête de conseil ?

NAKIM
Beltschatsar.

NAZAR
                Beltschatsar, ce voyant sans pareil !
Nous qui, pour tous nos dieux offrons des sacrifices,
Qui nous levons matin – Que Mardouk nous bénisse ! –
Érodant nos rotules en génuflexions,
De nos deniers payant les huiles d’onction !
Des journées en prière et des nuits en neuvaines !
Par devoir nous jeûnons quatre jours la semaine.
Pour entendre leur voix nous nous mortifions
Et déchirons nos corps de scarifications,
Mais notre bon Hébreu ne s’offre point de peine,
Des bienfaits de son Dieu sa panse est toujours pleine.
Il n’a qu’un mot à dire et son Père immortel
Lui révèle d’en haut les merveilles du ciel.
Il reçoit d’Adonaï les plus grands bénéfices.

KIRA
Eh bien ! Qu’attendez-vous pour vivre à son service ?

NAKIM
Servir le Dieu des Juifs ? Il n’y faut point songer.

KIRA
Avec lui, croyez-vous qu’on puisse s’arranger :
Pour Mardouk le matin, pour l’Adon en soirée ?
Chaque divinité comme l’autre adorée
Y trouverait son compte.

NAZAR
                                     Quoi ? Vous déraisonnez ?
Le Seigneur des Hébreux n’aime pas badiner.
C’est un maître égoïste, ennemi du partage.
Le mêler à nos dieux serait lui faire outrage.

KIRA
Il me vient une idée. Pensez-vous que Daniel,
Sa vie en dépendant, trahirait l’Éternel ?

NAZAR
Quelle bouffonnerie ! Ce prophète fidèle,
Tel agneau bien tondu le sert de tout son zèle.
Plutôt subir la mort que de se détourner.
À l’écart de sa Loi tu voudrais l’entraîner ?
Nul ne peut l’égarer. Oublie cette chimère.

KIRA
J’échafaude mes plans pour le perdre, au contraire.
Oui, je vais, de nouveau, ensorceler le roi.
Daniel devra choisir : soit renier sa foi,
Soit fâcher l’empereur et périr dans les flammes,
Et s’il sauve sa vie, c’est au prix de son âme.

NAZAR
Ce prince favori jusqu’au ciel élevé
Même au-dessus du roi se peut déjà rêver,
S’écrasera des nues en moins d’une minute.

NAKIM
Du plus haut l’on s’étale et plus rude est la chute.

NAZAR
Les astrologues ont assez d’être mangés.
Nous courons dans tes plans, tu nous auras vengés,
Tandis que notre Hébreu sur ses roses sommeille.
(Ils sortent. Entrent Daniel et Nébucadnetsar.)

Scène IV

DANIEL – NÉBUCADNETSAR

NÉBUCADNETSAR
Je voulais que tu voies cette pure merveille :
L’effigie toute en or de Nébucadnetsar,
De soixante coudées. Qu’en dis-tu, Beltschatsar ?

DANIEL
Soixante coudées ?

NÉBUCADNETSAR
                              Oui. Et six coudées de large.
Deux cent mille talents. Mon ami, quelle charge !
Sur cette œuvre splendide, quel est ton sentiment ?

DANIEL
Quel est son poids en blé, en épeautre, en froment ?

NÉBUCADNETSAR
En seigle, je ne sais, ce colosse admirable…

DANIEL
Mais soixante coudées ! Serait-ce raisonnable ?
As-tu pensé aux temps de guerres à venir ?
Cette statue peut-elle à la faim subvenir ?
Car le peuple en souffrance à ta porte se presse
Et chez les laboureurs je vois bien la détresse :
La farine est trop rare, le pain y est trop cher.
On souffre de la faim et du gel en hiver.

NÉBUCADNETSAR
Le monde est ainsi fait, ce n’est pas notre affaire.
Mais la statue, dis-moi franchement…

DANIEL
                                                           Je préfère
Ne point louer l’artiste et ne te louer point.

NÉBUCADNETSAR
Ne point louer ton roi ? Les dieux m’en sont témoins ;
Beltschatsar, mon ami, ton audace est extrême
Et pour la supporter faut-il donc que je t’aime !

DANIEL
Oui, je le sais fort bien, et pour cette raison
Je suis seul à pouvoir te donner des leçons.
De ce beau monument que comptez-vous donc faire ?

NÉBUCADNETSAR
Rien. Je l’ai fait dresser simplement pour me plaire.

DANIEL
Sire, permettez-moi de parler sans détour :
Vous savez quel Seigneur je sers avec amour :
Celui qui dans un songe à vous s’est fait connaître ;
N’avez-vous pas juré de l’avoir seul pour maître
Et ne plus adorer aucun être que lui ?
N’avez-vous pas offert des parfums et des fruits ?
N’avez-vous confessé qu’il est le Dieu unique,
Détourné votre cœur des idoles iniques
Votre trône abaissé devant Sa Majesté ?

NÉBUCADNETSAR
Je le veux, Beltschatsar, servir en vérité,
Toujours lui faire honneur et lui être agréable,
Sans broncher obéir à ce Dieu redoutable.

DANIEL
Dans la loi de Moïse, inspirée par l’Esprit,
C’est Dieu qui le déclare, sur la pierre il écrit :
Tu n’auras d’autre dieu jamais devant ma face.

NÉBUCADNETSAR
D’adorer d’autres dieux je n’aurais pas l’audace.

DANIEL
D’icône ou de statue jamais ne te feras.

NÉBUCADNETSAR
Oui, ce commandement me place en embarras.
Mais l’effigie, pourtant, ce n’est point une idole.
Je ne l’adore point, j’en donne ma parole.

DANIEL
C’est pire, et ta figure érigée sur ce lieu
De Nébucadnetsar fait le rival de Dieu.
Témoin devant le ciel d’un orgueil incroyable
Attirera sur toi sa colère effroyable.

NÉBUCADNETSAR
Hélas ! Je n’avais pas dessein de l’offenser.

DANIEL
Pour cette vanité tant d’argent dépensé !

NÉBUCADNETSAR
J’ai fait l’œuvre d’un fou, je ne puis m’en défendre.
Hélas ! Je m’en repens allongé sur la cendre.

DANIEL
On ne se repent point par des mots seulement.
L’Éternel te bénit pour de tels sentiments.
Il faut que sur l’autel brûlent les sacrifices.

NÉBUCADNETSAR
J’offrirai des béliers, des taureaux, des génisses.

DANIEL
Pense qu’aux prochains jours, sur le bois d’une croix,
Cette pierre tombée, le plus puissant des rois
Livrera tout son sang et son corps pour ta vie.
Il sera ton pardon, ton Sauveur, ton Messie.

NÉBUCADNETSAR
Oui, je veux l’accepter. Je veux ce rédempteur.

DANIEL
Laisse-le maintenant pénétrer dans ton cœur.

NÉBUCADNETSAR
Dans ma peau, dans mes veines, oui, je sens sa présence
Et m’en vais sans tarder réparer cette offense.
À l’instant détruisons ce colosse doré.
Que nul en sa folie n’en vienne à l’adorer.
Disparaisse à jamais cet emblème futile
Et revendons cet or à des fins plus utiles,
Pour acheter du blé réparti par nos soins,
Construire des moulins, le peuple en a besoin.

DANIEL
Les anges dans les cieux, Sire, se réjouissent.
Prospère votre trône et que Dieu vous bénisse.
(Sort Daniel. Entre Kira.)

Scène V

NÉBUCADNETSAR – KIRA

(Kira se tient à l’écart sans être remarquée de Nébucadnetsar.)

KIRA
Mes oreilles traînaient en ce lieu par hasard.
Faut-il en informer mon vieil ami Nazar ?
Non, c’est un vrai butor, une dinde, une buse.
Ce Beltschatsar, vraiment de ma patience abuse.
Il brise tous mes plans, en voilà bien assez.
Je trouverai moyen de m’en débarrasser.
Par le charme étonnant de l’Hébreu, cette peste,
Le roi de Babylone tourne à nouveau sa veste
Et ploie sous les désirs du Dieu de l’étranger,
Méprise nos autels et nous fait enrager,
De Mardouk sur nos chefs attire la colère.
Les dieux veulent du sang. Je ne saurais me taire ;
Je les entends déjà dans leurs temples rugir.
Arme-toi, ma Kira, car il est temps d’agir.
(Nébucadnetsar aperçoit enfin Kira.)

Voici venir vers moi, nageant dans le mystère
Ce grand dadais de roi au veule caractère.

NÉBUCADNETSAR
L’esprit tout occupé je passais sans vous voir.
Me voici près de vous, ma chère amie, bonsoir.

KIRA
Eh ! pourrait-on savoir ce qui tant vous agite ?

NÉBUCADNETSAR
Le Dieu de Beltshatsar. Il faut que je m’acquitte
Et mène pénitence pour calmer sa fureur,
Confesser mon péché, réparer mes erreurs,
Craignant que l’être aux pieds d’argile ne s’écroule.

KIRA
Enfin, me diras-tu pour quel maître tu roules ?
Tu es le souverain des peuples chaldéens
Et ne craindrais donc plus les dieux babyloniens ?
Prince sans volonté, sans honneur ni courage
Qui n’écoute jamais le conseil de tes mages
Hormis ce Judéen. J’aimerais l’étrangler
Et que n’ai-je un scorpion à lui faire avaler !
Observe, s’il te plaît les yeux de ma colère.
Oui, regarde les biens, les yeux de ta panthère !

NÉBUCADNETSAR
Je ne puis.

KIRA
                 Pourquoi donc ?

NÉBUCADNETSAR
                                        Cette foudre et ce feu !
Quel regard effrayant, aigu comme un pieu !
Tu tires de ces traits ! Quel est donc ce prodige,
Les voilà qui me brûlent.

KIRA
                                   Regarde-moi, te dis-je.

NÉBUCADNETSAR
C’est comme un fer chauffé à rouge dans tes yeux
Qui m’aveugle et rend fou. Qu’as-tu donc ? C’est affreux.
Que t’ai-je fait, Kira, qu’ainsi tu me tortures ?
En quoi t’ai-je offensé, cruelle créature ?

KIRA
En aucune manière, et c’est pour mon plaisir.
Je suis fort amusée de te voir tant souffrir.

NÉBUCADNETSAR
Je ne puis respirer. Kira, tu m’assassines.

KIRA
L’éclat de mon regard de serpent te fascine.

NÉBUCADNETSAR
Que va-t-il arriver ? Je sens un air glacial
Parcourir tout mon corps, à présent.

KIRA
                                                           C’est Bélial.
Te voilà possédé de cette idole immonde,
Démon qui punira l’impiété du monde,
Démon que j’ai réduit au rang de serviteur,
Ange banni des cieux, le prince des menteurs.
Tu prétends gouverner la race humaine entière
Mais tu n’es qu’un mouton et je suis ta bergère.
(Nébucadnetsar s’écroule aux pieds de Kira. Nazar est apparu discrètement et observe la scène.)

NÉBUCADNETSAR
Qu’exiges-tu ?

KIRA
                        Je veux que ce colosse d’or
Pour qui, dans ta folie, tu ruinas ton trésor,
Soit pour tous les humains vivant à Babylone,
Autant les étrangers que le peuple autochtone,
Le sujet exclusif de leurs dévotions,
Car un roi tel que toi, de toutes les nations
Se doit d’être adoré, comme un dieu qu’on vénère.
Que le moindre sujet, prosterné jusqu’à terre,
Gouverneurs et prévôts, juges et magistrats,
Laboureurs et bergers, adjudants et soldats,
Au son des tambourins, chalumeaux et guitares,
Trompettes et tubas résonnant en fanfare,
Rendent à ta statue leurs hommages pieux
Car Nébucadnetsar est au-dessus des dieux.

NÉBUCADNETSAR
Oui, je suis le vrai dieu, que les peuples m’adorent !

KIRA
Je n’ai point achevé, je veux parler encore.
Mon ire éclatera si vous m’interrompez.

NÉBUCADNETSAR
Bien loin, bien loin de moi l’idée de vous couper
Par d’inutiles mots la parole sans doute.

KIRA
Vous parlez beaucoup trop.

NÉBUCADNETSAR
                                          Fort bien, je vous écoute.

KIRA
Quiconque se soustrait à ce commandement
Recevra de ta main le juste châtiment :
Au milieu d’un chaudron de flammes et de braises,
Cet homme périra dans l’ardente fournaise.
Va-t’en !
(Nébucadnetsar quitte la scène en baissant la tête. Nazar sort de l’ombre.)

Scène VI

KIRA – NAZAR

NAZAR
            C’est admirable, et j’en reste pantois :
Le roi de Babylone aplati devant toi !
Tu sembles posséder une force incroyable
Et le tyran te craint comme on craindrait le diable.
Par ton autorité tu lui règles son sort.
Tu as de petits poings, mais tu sais frapper fort.

KIRA
La force de mes mains n’y est pour nulle chose
Mais il fait prendre garde aux épines des roses
Et l’éclat de mes yeux dont on craint la beauté
A vaincu de ce roi la sombre majesté,
Regard qui peut frapper les puissants de la terre,
Incarcérer les âmes en des statues de pierre.
Ces armes m’ont été données par Baal Hamon
Mais il m’aura fallu me livrer aux démons.
La puissance a son prix.

NAZAR
                                   Ténébreuse prêtresse.
Goule sans foi ni loi, redoutable maîtresse !
Tigresse qui tes proies déchires sans pitié,
J’aime mieux mille fois garder ton amitié.

KIRA
Regarde-moi.

NAZAR
                     Pardon ?

KIRA
                                   Dans les yeux, bien en face !

NAZAR
Je trouve en ton regard un firmament de grâce.
Tes yeux d’un sombre éclat m’inspirent de l’amour
Et ce regard de braise est paré de velours.

KIRA
Tu es à moi, Nazar.

NAZAR
                                   Oui, je suis ton esclave,
Tu m’enchaînes enfin. Que tes liens sont suaves !

KIRA
À genoux !
(Nazar obéit.)

                  Dès ce jour, puisque tu m’appartiens,
Écoute-moi. Ce roi m’obéit comme un chien
Et de tous mes projets tu seras le complice.
Ce Daniel, que je hais mourra dans le supplice
Et si jamais mon plan échouait, ce poignard
Percerait sans merci le foie de Beltschatsar.
À nous, dans un instant, la terreur et l’empire.
Ce prince est un tyran, mais Kira sera pire.
(Kira et Nazar s’étreignent.)

www.lilianof.fr
https://lilianof.com
https://www.thebookedition.com/fr/765_lilianof
https://plumeschretiennes.com/author/lilianof
https://www.facebook.com/lilianof59/
https://vk.com/lilianof

© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :