Darius – Acte III

ACTE III

Même décor. La salle est abandonnée dans le même désordre qu’à la fin de l’acte II. Beltschatsar est demeuré dans la même torpeur. L’inscription sur le mur est bien visible.

Scène Première

BELTSCHATSAR – DANIEL

BELTSCHATSAR
Sur le blanc de la chaux de ce mur sans fenêtre,
Je les vois, me narguant, ces illisibles lettres.
Serait-ce de l’hébreu ou de l’araméen ?
De l’arabe, sans doute, ou de l’iduméen ?
Les sages, les devins, les savants de l’empire
– Ces illustres pédants – ne m’ont rien su prédire.
N’ai-je point fait mander le prophète Daniel,
Cet oracle inerrant, divin, providentiel ?

DANIEL
Me voici !

BELTSCHATSAR
     Bien ! Depuis le temps qu’on vous appelle !

DANIEL
Mais quel mystère encore vous faut-il qu’on démêle ?

BELTSCHATSAR
L’ignorez-vous ? Ces quatre mots, qui les comprend ?
Quelle langue est-ce là ? Quel patois ? Soyez franc.
Pas plus que mes savants, là, vous n’y voyez goutte
Et vous espérez bien me distraire, sans doute.
Savez-vous, seulement, quel bras les écrivit ?
C’est celui d’un fantôme, Daniel, je vous le dis.
Si du moins je savais… Quelque horrible présage,
Mais vous ne saurez point déchiffrer ce message.
Est-ce de l’élamite, du hétien, de l’hébreu ?

DANIEL
Nul ne la peut parler, c’est la langue de Dieu.

BELTSCHATSAR
Et que dit-elle, enfin ? Mon angoisse est extrême.

DANIEL
La réponse du Maître à ce prince anathème.

BELTSCHATSAR
Qu’est-il écrit ? J’enrage !

DANIEL
                                       MÉNÉ, MÉNÉ, TÉKEL,
OUPHARZIN.

BELTSCHATSAR
                        Par les dieux ! Vous moquez-vous, Daniel ?
Qu’importent ces mots-là ! Je ne les puis entendre.
Si vous restez confus, mal pourrait vous en prendre !
Si vous répondez bien, je vous offre un manteau
De pourpre, un collier d’or, des palais, des châteaux.

DANIEL
Que m’importent tes dons ? Je n’en saurais que faire.
Ton or et ton argent sont ordure et poussière.
Je te dirai pourtant ce que tu veux savoir.

BELTSCHATSAR
Y a-t-il en ces mots quelque note d’espoir
Ou quelque réconfort au vu de ma détresse ?

DANIEL
Non. Voici la missive que le Seigneur t’adresse :
À Nébucadnetsar il donna la grandeur
Et la magnificence, la gloire, la splendeur.
Toutes les nations le servaient avec crainte,
Il méprisait des rois les menaces et plaintes,
Aux petits comme aux grands inspirant la terreur.
Mais contre le Dieu saint il éleva son cœur,
Alors, il fut chassé loin de la race humaine,
Comme vivent les bœufs, broutant l’herbe des plaines,
Marchant le corps trempé de la rosée du ciel
Jusqu’au jour où, brisé par le Maître éternel,
Ce roi s’humilia. Il retrouva sa gloire.
Et toi ? Qu’as-tu reçu, retenu de l’Histoire ?
Devant le Dieu des cieux t’es-tu mortifié ?
Aux idoles de bois ton cœur s’est confié,
Blasphémant mille fois dans tes fêtes impies
Tirant contre Éloïm vos chansons d’infamie
Et foulant sous tes pieds le royaume divin
Dans les vases sacrés tu t’enivrais de vin,
Partageant le nectar avec tes concubines.
La clepsydre a marqué l’heure de ta ruine.

BELTSCHATSAR
En trois mots tout ceci ?

DANIEL
                                      MÉNÉ, MÉNÉ : compté.
Dieu a compté ton règne. Ta sombre royauté
Trouve aujourd’hui sa fin.

BELTSCHATSAR
                                         Mais de quel droit, prophète ?
Au roi parler ainsi ? As-tu perdu la tête ?
La hache du bourreau pourrait…

DANIEL
                                                    TÉKEL : pesé.
Dieu t’a trouvé léger. OUPHARZIN : divisé.
Il donne ton empire aux nations en pâture.

BELTSCHATSAR
Mon trône entre leurs mains ! Effroyable torture !

DANIEL
Les Perses et les Mèdes se le partageront.
Divisé, déchiré.

BELTSCHATSAR
                         Au diable ces larrons !

DANIEL
Au nouveau roi Darius il faut laisser ta place.

BELTSCHATSAR
Auprès du Dieu des cieux pourrais-je trouver grâce ?
Et si je me repens sans fraude ni sans fard,
Brûlant quelques offrandes, ou bien…

DANIEL
                                                            Il est trop tard.

BELTSCHATSAR
Quand donc s’accomplira le jugement suprême ?
Sera-ce cette année ? Ce mois ?

DANIEL
                                                Cette nuit même.
(Sort Daniel.)

Scène II

BELTSCHATSAR (puis musiciens, danseuses, etc.)
Faiseur de paraboles ! Par l’enfer ! le bandit !
Quel prophète est-ce là ? Qu’il soit cent fois maudit !
Un prophète est censé, du moins s’il est fidèle
N’apporter aux tyrans que de bonnes nouvelles.
Mon or et mon argent, je lui eus tout donné
S’il m’avait contenté d’un sermon bien tourné ;
Ma digne royauté jamais ne fut ingrate.
Mais que vois-je, là-bas, dans le lit de l’Euphrate ?
Qui donc a détourné le fleuve de son cours ?
Et j’entends maintenant comme un son de tambour.
Un flot de fantassins maintenant se déverse,
Portant un étendard, celui du roi de Perse.
Ils accourent vers nous. Gobryas ! Au secours !
Mais où sont mes soldats ? Les Mèdes, tout autour
Du palais, ajustant leurs lances acérées…
Où sont mes capitaines ? Ma ruine est assurée.
À moi ! Mardouk ! À moi ! Tous mes dieux immortels !
Je brûlerai demain mes enfants sur l’autel
Si votre bras puissant de leurs mains me délivre.
Aidez-moi ! Parlez-moi ! Quel chemin dois-je suivre ?
Ne me montrez-vous pas quelque brèche où m’enfuir ?
Le Perse est là. J’ai peur. Je ne veux pas mourir.
Pour sauver votre roi ne vient-il donc personne ?
De l’ennemi, déjà, les trompettes résonnent.
À moi ! La garde ! À moi ! Mes archers, où sont-ils ?
Mes cavaliers, courez. Le prince est en péril.
N’est-il dans ma terreur aucun pour me défendre ?
Oui, les dieux m’abandonnent. Allons ! Mieux vaut me
pendre.
(après une longue réflexion)

Mes dieux sont contre moi, hélas ! Quel sort affreux !
Mais Beltschatsar, enfin, n’est pas un roi peureux.
À ces dieux méprisants, c’est dit, je tiendrai tête.
Pour affronter la mort il faut faire la fête.
Nous n’avons achevé, je crois, le grand festin.
Qu’on fasse revenir danseuses, baladins
Pour me faire oublier la terreur qui m’oppresse
Il n’est qu’un seul remède, le noyer dans l’ivresse.
(Les musiciens, danseuses, et quelques convives, reprennent leur place.)

Buvons à Babylone, et gloire à Beltschatsar.
Le prophète l’a dit : il est déjà trop tard.

BACCHANALE (premier couplet)
Nimrod, le dieu de la vigne,
Apporte à l’ivrogne indigne
La folie de ses liqueurs :
Liqueur de prune ou de guigne
Au buveur qui se résigne
Et s’enivre de bon cœur.

BELTSCHATSAR
Alors buvons ! Le vin me donne du courage.
Voici venir la nuit de guerre et de carnage.
C’est mon dernier repas ; demain je serai mort.
Les coupes d’Éloïm ! Allons ! Les coupes d’or !
Dieu des Juifs ! Tu m’as donc refusé la fortune
Et d’être libéré, aucune chance ! aucune !
Voici, je te défie, provoquant ton courroux,
Buvant à ton calice. Es-tu le Dieu jaloux ?

BACCHANALE (second couplet)
Aux plaisirs de ton ivresse,
Insouciante allégresse,
Dans ton temple, gai séjour,
Donne aussi de la tendresse,
Multiplie pour nous sans cesse
Les voluptés de l’amour.

BELTSCHATSAR
Du vin ! J’en veux encore ! À défaut de victoire,
Pour fêter dignement la défaite il faut boire,
Car demain, Babylone, radieuse cité
Ne sera que monceau. Rude calamité !
L’angoisse de la mort se change en allégresse ;
De la vigne le fruit tient toujours ses promesses.
Que viennent tous ces Perses, leurs soudards, leurs archers.
Je les attends debout. Qu’ils viennent me chercher !
(Entre Méline.)

Scène III

BELTSCHATSAR – MÉLINE – musiciens, danseuses, etc.

MÉLINE
Je croyais, mon ami, la fête terminée.

BELTSCHATSAR
Dans une heure sera ta race éliminée.
Oui, princesse, ma mie, je péris par le fer.
Daniel me l’a prédit, cet ami qui t’est cher.
Je perdrai cette nuit mon ultime bataille.

MÉLINE
Beau prétexte, ma foi, pour de telles ripailles !

BELTSCHATSAR
Le roi fait ce qu’il veut, madame, taisez-vous !
La botte de Darius est déjà sur mon cou.
Voici mon dernier soir. Que dois-je donc en faire ?

MÉLINE
Ami, vous devriez le passer en prière.

BELTSCHATSAR
Prier ! La belle idée quand mes dieux restent sourds.
Ma condamnation est signée dès ce jour.
Allez ! Point de leçons ! Laissez-moi donc, ma mie.
Que je vive ma mort à défaut de ma vie.
Puisque je dois me rendre au pays sans retour,
Qui sait si j’y verrai le plaisir et l’amour.
Ne suis-je de Mardouk le serviteur fidèle ?
Au radieux séjour le Radieux m’appelle.
J’ai brûlé cent taureaux et la sérénité,
Le bonheur éternel, je l’ai bien mérité.
Vous n’êtes après tout qu’une femme légère,
Fâcheuse conseillère, adipeuse mégère.

MÉLINE
Voilà bien la meilleure ! À quoi bon s’entêter !
Mais voici ton ami. Vous pourrez discuter.
(Méline sort, entre Gobryas. Les festoyeurs se dispersent.)

Scène IV

BELTSCHATSAR – GOBRYAS

BELTSCHATSAR
Gobryas, mon héros, mon ultime espérance !
Contre nos ennemis tu viens brandir ta lance.
T’es-tu dans ce palais introduit en secret ?

GOBRYAS
Te voilà, mon beau prince, et saoul comme un goret !

BELTSCHATSAR
Combats à mes côtés les Perses et les Mèdes,
Nous les repousserons, soutenus par ton aide.
Sois béni, Gobryas, toi, notre défenseur !
Avec un tel soldat le peuple n’a plus peur.

GOBRYAS
Où donc est Nabonide ? Où est passé ton père ?
N’est-il pas, lui, le roi, sur le front de la guerre ?

BELTSCHATSAR
Il devrait… Mais, toujours dans sa vieille oasis,
Il contemple, laissant les chagrins pour son fils.
Bien loin de nos combats, ce tyran fantastique
Prie, tourné vers la lune et chantant des cantiques,
Sur une autre planète et loin de nos tourments
S’éblouit dans l’extase au bout du firmament.

GOBRYAS
Voilà qui est fâcheux !

BELTSCHATSAR
                                   Mais où est ton épée ?

GOBRYAS
En ma main, mon Seigneur, tranchante et bien trempée.
Elle n’a pour la vie ni grâce ni pardon.

BELTSCHATSAR
Efficace à souhait pour percer les bidons,
Trancher les abatis, fendre les calebasses !

GOBRYAS
Tu pourras mesurer comme elle est efficace.
(Gobryas frappe Beltschatsar.)

Tu crus un seul instant que j’étais ton ami ?
Dynastie abhorrée ! Je m’étais bien promis
D’en châtier les rois, de tous deux vous pourfendre.
Ton père Nabonide ne perd point pour attendre.
J’irai le pourchasser dans son repaire obscur.

BELTSCHATSAR
Traître, infâme, parjure, fourbe vil, cœur impur…
(Beltschatsar meurt. Gobryas fait un signe. Entre Darius, suivi de Soldats.)

Scène V

GOBRYAS – DARIUS – soldats

DARIUS
Babylone est tombée, la victoire est facile.
L’armée désemparée, nous marchons sur la ville.

GOBRYAS
Nous foulons sous nos pieds l’orgueilleuse cité ?
Sire, prenez le sceptre, il est bien mérité.
Je suis, admettons-le un stratège admirable ?
Doué, sans me vanter, d’un cerveau redoutable.
Précédé d’un essaim de trois mille sapeurs,
Nous avons fossoyé sans relâche et sans peur.
Le dos ankylosé sous le poids de la terre,
Ces soudards vertueux, dévoués militaires
À la tâche sans fin s’éreintant tout le jour
Du fleuve impétueux ont détourné le cours.
Par-delà les remparts s’introduit notre armée
Tandis que Beltschatsar, l’esprit dans la fumée,
Abruti pas le vin, le nez dans la liqueur
Entonne des chansons, s’esclaffe de plein cœur.

DARIUS (apercevant le cadavre de Beltschatsar)
Est-ce là Beltschatsar ?

GOBRYAS
                                    Frappé de main de maître.

DARIUS
J’ai peu de sympathie, sache-le, pour les traîtres.

GOBRYAS
Pour la guerre gagner, qu’importent les moyens.

DARIUS
Je connais le séjour qu’il convient pour les tiens.
Tu sauras apprécier le confort d’une geôle.

GOBRYAS
Comment, Sire ? Pardon ! La farce n’est pas drôle.
Ainsi rétribue-t-on les services rendus !

DARIUS
Habituellement les félons sont pendus.
Soldats, menez ce lâche au plus loin de ma vue.

GOBRYAS
Je saurais me venger de ma déconvenue.
(Les soldats emmènent Gobryas. Entrent Dariana et Daniel.)

Scène VI

DARIUS – DARIANA – DANIEL – soldats

DARIUS
Ma reine, quel bonheur en ce lieu de vous voir !

DARIANA
Ma présence, mon roi, ne doit vous émouvoir.

DARIUS
Vouliez-vous prendre part à l’étrange bataille
Et du Babylonien aller aux funérailles ?
Vous devriez, ma chère, à cette heure dormir,
Au fond d’un lit de soie vos muscles engourdir.
Dariana, ma mie, vous n’êtes point docile.
Quand j’ai le dos tourné, au lieu d’être tranquille,
Vous enfourchez d’un bond votre noir destrier
Et je vous vois venir avec un prisonnier.
Vous m’avez-là pêché une drôle d’anguille.

DARIANA
Ai-je lié, Seigneur, ses mains et ses chevilles ?
Cet homme, sachez-le, m’a suivi volontiers.
Traitez-le, s’il vous plaît, avec force amitié.

DARIUS
Amitié ! Amitié ! Ainsi, tu nous amènes,
Venu je ne sais d’où ce grand énergumène.
Veux-tu qu’à mes dîners il mange chaque soir ?
Qui est ce Chaldéen ? Le pourrait-on savoir ?

DARIANA
Ne t’ai-je pas parlé d’un sage vénérable,
De Nébucadnetsar conseiller remarquable,
Rempli de tout l’Esprit du Puissant d’Israël ?

DARIUS
Oui, ce Juif… Samuel… Comment dis-tu ?

DARIANA
                                                                                   Daniel.

DANIEL
Votre humble serviteur.

DARIUS
                                      Serviteur, vous le dites,
Après avoir servi la dynastie maudite !
Comme ce Gobryas n’allez-vous pas trahir ?

DANIEL
Serviteur d’Adonaï, je ne saurais mentir.
Captif à Babylone, captif de Votre Grâce,
C’est dans une prison que le juif à sa place.

DARIUS
Notre reine m’a dit que le conseil divin
T’a rendu plus instruit que ces petits devins.

DANIEL
En effet, Majesté, toute ma connaissance
Me vient de l’Éternel car depuis ma naissance
J’ai juré de l’aimer, toujours lui obéir.

DARIUS
Toujours l’aimer ! Pour lui, s’il te fallait mourir…

DANIEL
C’est le Maître qui donne et qui reprend la vie.

DARIUS
Tu es prêt à mourir ? Ma Grâce en est ravie.
Je t’exaucerai donc et selon tes désirs.
(Darius tire l’épée et s’apprête à en frapper Daniel ; Dariana s’y oppose.)

DARIANA
Es-tu fou ?

DANIEL
                    Si tel est du roi le bon plaisir…

DARIUS
Tu ne trembles donc pas, l’ami, tu es sincère.
Mon captif tu étais, mais te voici mon frère.
Qu’on emporte cet homme et sans brutalité,
Qu’il trouve en mon palais calme et félicité.
(Des soldats prennent Daniel avec eux.)
(à Dariana)

Que ferais-je, chérie, de la ville rebelle ?

DARIANA
N’y trouveras-tu point quelques âmes fidèles ?
Ne la détruis donc pas, relèves-en les murs.
Écoute Dariana, car son conseil est sûr.
Roi miséricordieux, tu fais de Babylone
Le plus beau des rubis sertis sur ta couronne.
De Beltschatsar, enfin, assure le tombeau :
Pour cet indigne prince le plus beau des caveaux.
(Des soldats amènent Méline.)

Scène VII

DARIUS – DARIANA – MÉLINE – soldats

DARIUS
Voici qu’il nous arrive une jolie captive !
Qui donc es-tu ?

MÉLINE
                          Méline.

DARIUS (à Dariana)
                                     Voulez-vous qu’elle vive ?

MÉLINE (voyant Beltschatsar mort)
Hélas, mon cher époux, mon prince merveilleux,
Si fidèle envers moi, toujours si généreux !
Ô folie des humains ! Ô guerres insensées !
Le prince assassiné, les âmes dispersées !
Chimères de la gloire ! Vanité du pouvoir !
La mort frappe les grands ! Illusion ! Désespoir !
Si nous avions vécu dans une bergerie,
Tous deux humbles bergers, au milieu des prairies,
Loin des statues d’ivoire et des palais dorés,
Nous laisserions entre eux les rois se déchirer
Et, nous abandonnant aux amours pastorales,
Un feu réchaufferait nos ardeurs vespérales.
Te voilà pourfendu, j’ai perdu mon trésor.

DARIUS
Les humains sont parfaits, surtout quand ils sont morts.

DARIANA
Enfin, taisez-vous donc ! La souffrance déborde
En torrent de son cœur. Ayez miséricorde !
Laissez-la, je vous prie, qu’elle vive son deuil.
Pour celui qu’elle aimait préparons le cercueil.

DARIUS
Ma reine, cette femme était notre adversaire,
Fille de Chaldéen, engeance de vipère,
Comme tous ses pareils, regarde-la, rampant.
Désires-tu garder dans ton sein ce serpent ?

DARIANA
N’est-elle pas vaincue ? Quel tort me ferait-elle ?

DARIUS
Je te l’offre en esclave, encore jeune et belle.
Fais-en ce que tu veux, si tu la tues, ma foi,
Ou l’élève duchesse, ça te concerne, toi.
Retournons au pays, la guerre est terminée,
Beltschatsar terrassé, Babylone ruinée.
(Sortent Darius et les soldats)

Scène VIII

DARIANA – MÉLINE

DARIANA
Allez ! Relève-toi !

MÉLINE
                              Je suis à ta merci.

DARIANA
Tu es en mon pouvoir, ne tremble pas ainsi.
Je puis te faire pendre ou te garder vivante,
De toi, reine déchue, faire une humble servante,
Sans cesse humiliée, déchirée par le fouet
Et traitée comme un chien ou brisée comme un jouet,
Croupissant chaque nuit dans un cachot sordide,
Plongée jusqu’aux genoux dans la fange putride.
Voici pourtant le sort que je t’ai réservé,
D’esclave que tu es, je veux te relever.
Tout bien considéré, tu m’es fort sympathique
Et je veux t’exhiber sur la place publique
Comme une amie reprise aux mains de Chaldéen.
Je te veux partager mes faveurs et mes biens.
Dariana n’est point reine insensible et cruelle.
Relève-toi, te dis-je, et sois forte, et sois belle.
Allons ! Vers Ecbatane, je te mène avec moi.
Ne prends aucun bagage, ne garde que ta foi.

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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