Le Crépuscule du Dragon – Acte IV

ACTE IV

Décor du tableau précédent. La statue de Plogrov est redressée, mais couverte d’échafaudages.

Scène Première

PLOGROV – BAFANOV

PLOGROV
Elle est enfin debout, cela n’est pas trop tôt !

BAFANOV
Sa structure d’acier lui tient lieu de manteau.

PLOGROV
Tiendrait-elle dressée sans ces échafaudages,
Sans cette tubulure et sans tous ces cordages ?
Que ma pauvre effigie de malheurs a subi.
Pour l’image du roi quels sinistres habits !

BAFANOV
Nous avons réussi, la voilà relevée,
De mille moqueries notre gloire est lavée.
Voyez l’autorité dans ce regard d’airain.
Tremble donc, Babylone ! Voici ton souverain !
Que devant ce géant le monde s’épouvante !
Ô vous, peuples, rampez ! Voici sa main puissante.
Plogrov est immortel, il est ressuscité,
Élevé par-dessus toute divinité.
Avez-vous oublié que son bras sur le monde
Établit son pouvoir et sa vengeance gronde ?

PLOGROV
Mais voici le garant de notre sûreté :
Le capitaine Hofmann. Il a l’air agité.
C’est le nouveau préfet des forces de police,
Veillant sur notre paix. Il rend de bons services.
(Entre Hofmann.)

Scène II

PLOGROV – BAFANOV – HOFMANN

PLOGROV
Qu’en est-il, capitaine ? Pourquoi cet air inquiet ?

HOFMANN
Vous dites capitaine ? Général, s’il vous plaît.
Je suis trop précieux pour être capitaine.
Au calot cinq étoiles, sur ordre de la reine.

PLOGROV
Je t’ai vu caporal. Belle promotion ;
Beau soudoyeur, sans doute, félicitations !
Fourragère à l’épaule et sabre de parade,
Saurez-vous comme il faut mériter votre grade ?

HOFMANN
Je suis de votre empire dévoué serviteur.

PLOGROV
Parlons peu, parlons franc, excellent directeur.
Dites, que signifie cette mine chagrine ?
Qu’est-ce qui vous affole et qui vous turlupine ?

HOFMANN
La ville, Babylone où tout va de travers,
Refuge de brigands, d’assassins, de pervers.

BAFANOV
Ceci n’est point nouveau.

HOFMANN
                                       Des hommes en folie
Accouraient de l’Afrique ou bien de l’Australie,
Cherchaient à Babylone paix et protection,
On fuyait en ses murs, de toutes les nations.
C’était pour tous les peuples un refuge, une mère,
Abritant sous son aile, incroyable chimère
Les victimes craignant le jugement de Dieu.
Ils croyaient échapper aux caprices des cieux.
La ville est désormais une ruche affamée.
Des foyers de courroux s’élève la fumée.
D’intrépides sicaires renversent nos remparts,
Des femmes dans les rues tombent sous le poignard ;
Et l’on a fait du crime un loisir ordinaire.

PLOGROV
Remettez-y de l’ordre !

HOFMANN
                                   Hélas ! Qu’y puis-je faire ?

PLOGROV
Comment Hélas ? À quoi vous servent vos galons,
Votre solde de prince ? Réveillez-vous ! Allons !

HOFMANN
Je ne contrôle rien. C’est la guerre civile.
Le sang même a rougi les égouts de la ville.

PLOGROV
Vous n’êtes propre à rien pour protéger les gens.
Alors, disparaissez. Redevenez sergent.
Ayez déménagé d’ici en moins d’une heure
Ou vous serez pendu.

HOFMANN
                                   Vraiment ! C’est la meilleure !
(Sort Hofmann.)

Scène III

PLOGROV – BAFANOV – LA STATUE

PLOGROV
Ah ! Que faire ? Dis-moi ! Sur qui donc m’appuyer ?
Qui nous délivrera ? En qui se confier ?

BAFANOV
Tu cherches un appui ? Allons ! Tu déraisonnes !
Le roi de l’univers n’a besoin de personne ;
Mais le peuple a besoin de fortifier sa foi.
Tu es le seul vrai dieu, fais retentir ta voix.

PLOGROV
Mais comment donc ?

BAFANOV
                                   Comment ? Puissance vénérée,
Parle par ta statue, puisqu’elle est réparée.

PLOGROV
C’est toi qui es prophète, alors fais-la parler
D’un timbre autoritaire et bien articulé.

BAFANOV
Tu n’as qu’à demander. L’effigie parle : écoute ;
Jusques en Alaska l’entendra-t-on sans doute.

PLOGROV
Eh bien ! J’attends !

BAFANOV
                               Elle s’échauffe.    

PLOGROV
                                                     Je n’entends rien.

BAFANOV
Il lui faut quelques vocalises.
(La statue commence à vocaliser.)

                                           Voilà ! C’est bien !

PLOGROV
Nous pouvons commencer ?

BAFANOV
                                            Que veux-tu qu’elle dise ?

PLOGROV
Un Psaume à ma louange et qu’elle prophétise.

BAFANOV
Silence !

LA STATUE
            À lui la terre, à lui tout ce qui vit.
Sur la mer et les fleuves, le monde il asservit.
Qui pourra s’élever sur sa montagne sainte ?
Celui seul dont la main d’innocence est emprunte,
Celui qui ne ment pas, ne jure pour tromper.

PLOGROV
Quoi ? Ce pantin sans vie oserait me duper ?
Est-ce au dieu de Babel que ce discours s’adresse ?

LA STATUE
Nimrod le bénira, il en fit la promesse.

PLOGROV
C’est bien, continuez !

LA STATUE
                                  La génération
De tous ceux qui l’adorent avec dévotion…

PLOGROV
Oui, que tous ces affreux m’acclament, m’applaudissent !

LA STATUE
Que sur eux les bontés de Plogrov s’accomplissent !
S’élèvent jusqu’aux cieux les portes et linteaux.
Que le roi glorieux pénètre en son château !
S’élèvent jusqu’aux nues les portes éternelles.
Le voilà qui paraît dans sa gloire immortelle.
Qui est ce roi de gloire ? – L’empereur triomphant.
Qui est ce roi de gloire ?

PLOGROV
                                    Nimrod, le tout-puissant !

BAFANOV
La voix de ton idole, – était-ce difficile –,
Retentit dans les champs, retentit dans les villes,
Retentit sur les fleuves et sur les océans.
Tremblent tous les rebelles et tous les mécréants !
(On entend un bruit confus.)

PLOGROV
Que signifie, dis-moi, cette étrange parade ?

BAFANOV
C’est ton impératrice, ton Esther, camarade.
(Esther paraît, chevauchant une créature monstrueuse. Elle traîne derrière elle une colonne de prisonniers enchaînés. Parmi eux Priscille et Théophile.)

  Scène IV

PLOGROV – BAFANOV – LA STATUE – ESTHER – PRISCILLE – 
THÉOPHILE – PRISONNIERS

PLOGROV
Quelle fière monture, cavale à faire fuir !
Quel est ce destrier sous ta selle de cuir ?

ESTHER
Dragon, léviathan, ou varan, que t’importe ?
Vois-tu le beau gibier qu’aujourd’hui je t’apporte ?
Interminable train d’esclaves enchaînés,
Vers hideux et rampants, voyez-les se traîner !
Tu aurais dû les voir dans le lit de l’Euphrate,
Comme de vils pourceaux, ces brigands, ces pirates,
Dans la fange englués, la boue jusqu’au nombril,
Je n’ai pu les noyer, car le fleuve est tari.
Ces gaillards sont à toi comme vivante offrande.

PLOGROV
Que veux-tu que je fasse de cet amas de viande ?
Qui sont ces mal peignés, ces puants, ces souillons ?
D’où sortent ces galeux, et de quelle région ?

ESTHER
Observe bien leur front. N’as-tu point de remarque ?

PLOGROV
Leur figure est très sale.

ESTHER
                                   Ils n’ont point pris la marque.

PLOGROV (à Théophile et à Priscille)
Approchez, tous les deux.

ESTHER
                                        Connais-tu ces deux-là ?

PLOGROV
Comment ? Je les connais ? Priscille et Acquilas !

THÉOPHILE
Théophile, pardon !

ESTHER
                             Les deux chefs des rebelles.
Maquillée de gadoue elle est déjà moins belle.
Aurait-elle le front de me narguer encor,
Cette fille terreuse, grise comme la mort.

PLOGROV
Une fois parfumée, coiffée, bien astiquée,
Mais sur sa belle épaule au fer rouge marquée,
Sa longue chevelure tressée d’or et de fleurs,
Je crois qu’elle mettra mon harem en valeur.

ESTHER
Elle ne l’aura pas volé, je te l’accorde.

PLOGROV
Mais c’est un jour de grâce et de miséricorde :
À trois de vous je donnerai la liberté.
C’est un grand privilège, il faut le mériter.
Les trois premiers parmi ces cafards exécrables
Ne verront pas le feu de la mort effroyable
S’ils se font maintenant marquer du triple six.
Pour les récalcitrants ni pardon ni merci.

BAFANOV
Songez qu’en acceptant la marque de la bête
Vous pourrez emprunter de l’argent, on vous prête.
Achetez du bonheur, achetez du plaisir
Et vendre sans compter pour vous mieux enrichir.
Ne voulez-vous donc pas que l’on vous affranchisse ?
La liberté vaut bien ce menu sacrifice.
Avancez-vous ! N’avez-vous pas assez souffert ?
De Plogrov aujourd’hui les bienfaits sont offerts.

PRISONNIER 1
Eh bien, soit ! Marquez-moi. Je suis las de mes chaînes.

BAFANOV
Âme tout en sagesse ! Qui sera la prochaine ?

PRISONNIER 2
Moi. L’entrave me brise et je suis épuisé.

THÉOPHILE
Promesse de chimère ! Bafanov est rusé.

PLOGROV
Personne d’autre ?

PRISONNIER 3
                                Moi.

PLOGROV
                                        Parfait ! Je vous invite.
Venez vous restaurer au palais, dans ma suite.
Vous serez abreuvés de succulents nectars.

PRISONNIER 4
Je veux la marque aussi.

PRISONNIER 5
                                     Moi aussi.

ESTHER
                                                    C’est trop tard !
(à Théophile)

Et toi, mon doux agneau, toujours en résistance ?

THÉOPHILE
Je suis entre vos mains, j’attends votre vengeance.

PRISCILLE
Pouvions-nous redouter de plus cruels vainqueurs ?

ESTHER
Votre mort sera longue et rude, j’en ai peur.
Que ferais-je de vous, reptiles indociles ?

PLOGROV
N’oublie pas, belle Esther, de me donner Priscille.

PRISCILLE
Elle m’a fait subir tant d’humiliations ;
Soufflets et coup de poing… 

ESTHER
                                             C’est ta punition.

PRISCILLE
Mon visage étouffé sous son pied dans la fange…

ESTHER
Je manifeste ainsi mon amour, petit ange.
(à Plogrov)

Prends donc cette chipie, c’est ton nouveau jouet.
(à Théophile)

Toi, que préfères-tu ? La corde ou le fouet ?
Eh bien ! Réponds ! Quel est ton choix ?

THÉOPHILE
                                                               Ni l’un ni l’autre.

ESTHER
Il ose badiner, ce ravissant apôtre !
Renie ton Dieu, devant Nimrod prosterne-toi.
Foin du crucifié ! Voici ton nouveau roi.
Te prosterner contre ta vie ; c’est le dilemme.

THÉOPHILE
Si je tombe à genoux vous me tuerez quand même.

PLOGROV
Ce sont mes ennemis, ils doivent tous mourir,
Non point par une balle ; je veux les voir souffrir,
Les entendre hurler dans d’horribles sévices.
Je te laisse le soin d’inventer leur supplice.

ESTHER
Le fer rouge est trop tiède et le fouet trop doux,
Pas assez douloureux les marteaux et les clous.
La statue est bien creuse autant qu’il m’en souvienne.
Jetez à l’intérieur la vermine chrétienne !
Qu’ils se rompent les os dans ce monstre de fer
Et comme ils ont si peur de rôtir en enfer,
Allumons un grand feu aux pieds de cette idole
Comme on grillait les fils en Moloch. Beau symbole ![1]

BAFANOV
Des millions de démons courant par l’univers,
C’est toi le plus cruel, c’est toi le plus pervers.

ESTHER
L’apôtre dit de moi : je suis la femme impie,
Grande prostituée, maîtresse des orgies,
Immonde cavalière. Sur mon front sont gravés
Des blasphèmes horribles, et mes poings sont levés
Contre le Dieu du ciel et contre son Messie :
Paroles arrogantes, abjectes prophéties !

THÉOPHILE (aux autres prisonniers)
Enfants du paradis, tremblerons-nous de peur ?
Adorons l’Éternel, prions avec ferveur.
N’offrons pas à Plogrov le plaisir et la joie
De nous voir effrayés devant cette montjoie.
Le cœur rempli de paix nous montons au trépas.

ESTHER
Mais ce Moloch est prêt à prendre son repas.
Que sa voix de fureur au-dessus d’eux s’élève
Et couvre leur prière d’une sentence brève.

BAFANOV
Taisez-vous ! Taisez-vous ! La statue va parler,
Car c’est un dieu gourmand qui va vous avaler.

ESTHER (à Bafanof)
Fais parler l’effigie.

BAFANOV
                              Que veux-tu qu’elle dise ?

ESTHER
Eh bien ! N’importe quoi ! Mais qu’elle prophétise !

BAFANOV
Elle ouvrira sa bouche, elle blasphémera,
En l’honneur de Nimrod elle s’exprimera.

PLOGROV
Voilà, nous écoutons. Mortels, faites silence.

BAFANOV (à Plogrov)
Écoutez son discours, Votre auguste Excellence.

LA STATUE 
Veillez tous et priez, je viens comme un voleur.
Gardez vos vêtements en ces jours de malheur,
Que vous ne marchiez nus, qu’on ne voit votre honte,
Car vers Harmaguédon les deux armées s’affrontent.

ESTHER
Quel étrange discours !

BAFANOV
                                   Message incohérent !

PLOGROV
C’est parler en sibylle.

BAFANOV
                                   Oracle différent !

LA STATUE 
Le septième des anges aux nues verse sa coupe :
Du temple une clameur, c’est la voix d’une troupe.
Elle crie : c’en est fait. L’ouvrage est accompli.
Des feux de sa colère tous les cieux sont remplis.
Il y eut des éclairs, des voix et des tonnerres.
Le monde est secoué de tremblements de terre.
La ville est divisée, les grandes nations
S’effondrent en poussière, ô dévastation !
Dieu pense à Babylone, autrefois si prospère,
Il l’abreuve du vin de l’ardente colère,
Et les îles s’enfuient au loin du Dieu vengeur,
Les montagnes se cachent en ce temps de terreur.
C’est alors qu’une grêle s’abat sur tous les hommes,
Glaçons d’un bon quintal qui tuent et qui assomment
Et les hommes meurtris toujours blasphémeront…

ESTHER
L’image de Plogrov nous fait un bel affront.
Parler au nom du Christ ! Connaît-elle son rôle ?

BAFANOV
L’Esprit s’en est saisi. J’ai perdu son contrôle.

ESTHER
Taisez-vous, par Nimrod ! Esprit de vérité.
Nous sommes du mensonge et de l’impureté.

LA STATUE 
Je n’ai point terminé, j’ai fort à dire encore.
Car l’ange me parla d’une voix bien sonore.
C’est un temps de justice, un temps de châtiment.
Écoute ma parole, lève-toi promptement.
Viens, je te montrerai la grande gourgandine
Assise sur les eaux, sa puissance et sa ruine.

BAFANOV (à Esther)
Voilà qui vous concerne.

ESTHER
                                      Insolent palabreur !

LA STATUE 
Forniquant dans le lit de tous les empereurs,
L’impudique chevauche une bête écarlate,
Vêtue d’or et de pourpre, de saphir et d’agate,
Couronnée de blasphèmes, de meurtres et d’horreurs,
Et la coupe en sa main me combla de frayeur,
Pleine du sang des saints, des témoins, des prophètes.
Ne crains pas, me dit l’ange, car voici sa défaite.
Je demeurai, livide, atterré, prosterné.
Ce monstre sans merci de crime couronné,
C’est la grande Babel, c’est cette ville immense.
Elle tombe ! Elle tombe !

PLOGROV
                                     Enfin ! C’est le silence.

ESTHER
Mais, voyez son visage, on dirait qu’il a peur.

PLOGROV
Peur de la chute, allons ! Quelle impensable erreur !
De ce crucifié nul ne craint les menaces,
En Nimrod, l’empereur, vous pouvez prendre place,
Il est ton protecteur, ton abri, ton rocher,
Sous son large manteau tu pourras te cacher.
La fureur du Divin nous combattrons ensemble.

BAFANOV
Ça vibre sous nos pieds.

ESTHER
                                   Quoi donc ?

BAFANOV
                                                      La terre tremble.
L’image de Plogrov nous avait prévenus :
Nous serons accablés, pauvres, honteux et nus.
Comme en jour de tempête l’océan se soulève,
Comme un raz de marée s’abattant sur la grève,
Regardez cette vague à l’horizon lointain,
Le roc va nous broyer ; le péril est certain.

THÉOPHILE (aux prisonniers)
Ils ont peur et n’attendent aucune délivrance.
Christ est ressuscité, faisons-lui confiance.
(Un tremblement de terre qui dure quelques secondes. Les bâtiments ne semblent pas en avoir souffert.)

PLOGROV
Quoi ? C’est déjà fini ?

ESTHER
                                   Beaucoup de bruit pour rien !

PLOGROV
Le Seigneur Éternel a-t-il perdu la main ?
Secousse tellurique : une affaire sans suite.

THÉOPHILE (à part)
Elle tombe, a-t-il dit. Tu triomphes trop vite.

PLOGROV
Vivante est ma statue, nul n’en viendrait à bout.
Tout comme le veau d’or, elle est toujours debout.

ESTHER
Entendez-vous ?

BAFANOV
                          Quoi donc ?

ESTHER
                                           Écoutez ! Le ciel gronde.

PLOGROV
Un orage lointain ; est-ce la fin du monde ?

ESTHER
La fin de Babylone.

PLOGROV
                              Ô superstition !
Enfin ! Cette poupée, sans ma permission
Vous a prophétisé de sottes balivernes !
Moi, je vais sur-le-champ éclairer vos lanternes :
Ainsi parle Nimrod, le monarque éternel :
Je ne crains aucun dieu, pas même Emmanuel.
Je suis…

BAFANOV
              C’est un éclair.

ESTHER
                                    Voici venir l’orage.
Le ciel en un instant s’assombrit de nuages.

PLOGROV
Comme ils sont noirs ! En plein midi descend la nuit.

BAFANOV
L’air est si lourd !

ESTHER
                          Quel vent brûlant !

BAFANOV
                                                      Quel est ce bruit ?

PLOGROV
Angoisses et ténèbres !

ESTHER
                                   Roulements de timbales !

BAFANOV
Des relents de sabbat !

PLOGROV
                                   Des vapeurs infernales !

ESTHER
C’est la grêle.

BAFANOV
                    Fuyons !

PLOGROV
                                 Nous allons tous périr !

THÉOPHILE (aux prisonniers)
Chrétiens, restez sereins, que sert-il de courir ?
Bouclier protecteur, le Maître étend son aile ;
Comme au jour de la Pâque il garde ses fidèles.

ESTHER
Vite ! Dans la statue ! Dans son ventre d’airain
Mettons-nous à l’abri.

PLOGROV
                                   Non, dans les souterrains !

THÉOPHILE
Comme ils sont émouvants ! Comme ils sont pathétiques !

PRISCILLE
Ils courent en tous sens, les sous-dieux en panique.
(Esther se réfugie à l’intérieur de la Statue. Plogrov et Bafanof fuient dans des directions opposées. Priscille, Théophile et les prisonniers restent immobiles. Il fait totalement noir. Le bruit de la grêle est de plus en plus assourdissant.)


[1] Variante : « Qu’on y grille leur chair, et tant pis si ça colle ! »

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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