Les piques de l’ami Randol (21-30)

21. Tsunami

Quand je me sers une bière, je regarde avec angoisse monter la mousse. Débordera ? Débordera pas ?

22. Mots d’enfants

Logique

Une poule, ça pond des œufs, une vache, ça pond du lait…

Cruauté

Quand je serai grande, je serai infirmière, comme ça, je ferai des piqûres qui feront très mal.

Tu exagères

Je ne suis pas xagère !

Bénédicité

Merci Seigneur pour ce repas. Bénis ces aliments. Amen. J’aime pas les brocolis !

Rond-point

Un rond-point ovale, ça devrait s’appeler un ovale-point.

– Et un rond-point en forme de haricot ?

– Un haricot-point.

Jour J

Pourquoi est-ce qu’on dit « aujourd’hui » alors qu’il fait déjà nuit ? On devrait dire « àlanuitd’hui ».

23. Le riz du paria

Un paria n’avait pour tout bien qu’un sac de riz.

Mais il avait une espérance : un jour, le maharadjah va venir ici, il aura pitié de ma misère, il me relèvera et je serai riche.

Un jour, en effet, le maharadjah vint à passer, il entre dans la bicoque du mendiant qui lui raconte ses malheurs.

« Et toi, dit le souverain, qu’as-tu à me donner ? »

Celle-là c’est la meilleure ! Il possède des palais, des éléphants et tout le bataclan, et c’est à moi qu’il vient demander l’aumône. Tu n’auras pas un radis, mon petit bonhomme !

Mais le monarque insiste :

« Qu’as-tu à me donner ? »

Complètement désemparé, le paria plonge la main dans son sac et en tire un grain de riz qu’il donne au maharadjah.

« Merci. »

Et le monarque s’en va.

Le soir, comme d’habitude, le mendient prépare sa tambouille.

« Tiens ! qu’est-ce qui brille au milieu de ma casserole ? »

C’était un grain de riz en or.

C’est alors qu’il comprit : s’il avait donné tout son riz au maharadjah, il serait aussi riche que lui.

Qu’avons-nous à donner au Roi des rois ?

24. Maille téleure ise rouitche

En ce temps-là (début des années 80), les Anglais et les Argentins s’étaient déclaré la guerre au sujet des îles Malouines, dont chacun des belligérants revendiquait la souveraineté.

Un de mes camarades se passionnait pour ce fait d’actualité. Par ailleurs, il avait entrepris d’apprendre l’anglais et, pour que tout le monde sache qu’il parlait anglais, il nous parlait anglais à longueur de journée.

Un jour, un professeur de nationalité britannique est venu nous enseigner. Notre polyglotte ne manqua pas cette occasion de lui tailler une petite bavette :

« Wôte dou you sinque ove ze Malouines ? »

Son interlocuteur n’y a rien compris. Les îles Malouines, en anglais, s’appellent Falklands.

25. La fin du monde

Il paraît qu’il existe un astéroïde qui s’appelle Fischer-Dieskau. Si c’est celui-ci qui doit nous tomber sur la figure le 28 septembre 2015, le mélomane que je suis s’en trouverait grandement consolé.

26. Bubu la Brocante

J’aurais aimé écrire la biographie de Bubu la Brocante, ce pasteur comme on en fait plus, mais je risquerais de m’attirer des ennuis. Voilà un prédicateur qui ne risquait pas de succomber aux charmes des sirènes de la prospérité, c’était plutôt l’apôtre de l’évangile du délabrement. Pour être classé bon chrétien selon ses propres critères, il faut en effet que nos maisons soient délabrées, que nos voitures soient déglinguées, que nos femmes soient moches. Humilité ou folie !

Un jour, il sortit de sa poche un élastique et deux écrous qu’il posa sur le pupitre :

« Ce matin, j’ai trouvé dans le caniveau cet élastique et ces deux écrous. Le Seigneur m’a richement béni, je n’aurai pas besoin d’aller en acheter à Bricomarché. Alléluia, frères et sœurs ! »

Le local d’église répondait d’ailleurs à ses conceptions. Interdiction de donner un coup de balai, encore moins un coup de peinture. Dans la vitrine trônait une bible ouverte à la même page depuis le jour de l’inauguration, à moitié boulottée par les asticots. Un jour, j’ai pris l’initiative de la remplacer par une bible neuve. Qu’est-ce que je n’avais pas fait là ! Il m’a passé un de ces savons (pour une fois) !

Un jour, il me dit : j’ai une photocopieuse dans le sous-sol qui ne sert plus, si tu la veux, tu la prends. Je suis donc allé chercher la machine. Oh ! mes amis ! La même photocopieuse qui servit à Noé pour imprimer les tracts avertissant ses voisins de l’imminence du déluge. De plus, notre héros de la récupération croyait que les photocopieuses, c’était comme le roquefort, qu’il fallait l’affiner pendant des années dans une cave humide. L’engin était couvert de vingt centimètres de moisissures. J’ai eu beau l’astiquer, y mettre du dégrippant, elle a fini sa course à la déchetterie.

Quand il s’agissait de la sécurité du local, on atteignait des sommets. Le chauffage était assuré par un vieux réchaud à gaz. Un jour, il m’a pris l’idée de vérifier le raccord :

« À remplacer avant 1975. »

Nous étions en 1989.

« Frère, vous ne pensez pas qu’on devrait changer le raccord ?

– Il n’en est pas question ! C’est comme ça depuis tout le temps. On ne changera rien du tout !

– Bon ! »

Puisque c’est comme ça, je suis revenu en loucedé confisquer le détendeur. Le samedi suivant, la diaconesse autoproclamée, une vieille chipie, vient pour allumer le réchaud.

« Frère, c’est vous qui avez enlevé le truc de la bouteille de gaz ?

– Ah ! non.

– C’est moi.

– Mais pourquoi ?

– Pour ne pas que ça vous pète à la figure. »

27. Le scampi se rebiffe

Il paraît que dans certains pays d’Asie, on vous sert des bébés poulpes en salade dans les restaurants. Ce n’est déjà pas très ragoûtant, mais en plus, il faut les avaler vivants. Comme ils ne sont pas forcément d’accord pour se faire avaler – mettez-vous à leur place – ils s’accrochent désespérément, à l’aide de leurs ventouses, à votre gosier ou à votre œsophage, et il arrive que certains clients périssent étouffés avant d’arriver au dessert. Avis aux amateurs !

L’autre jour, en étudiant le menu d’un restaurant chinois, j’ai vu qu’on y servait des beignes de crevettes. Elles non plus n’aiment pas se faire avaler et vous le font savoir en distribuant des baffes. J’essaie d’imaginer le crustacé sautant de votre assiette pour vous coller des coups de nageoire. Ça doit faire mal !

28. Difficile de se comprendre

Où étiez-vous le soir du crime ?

– À Huy[1].

– Ah oui quoi ?

– Ben… à Huy, quoi ? C’est entre Liège et Namur.

– Ah oui ! À Huy.

– Ben oui… à Huy.


[1] On prononce “Oui”.

29. Langue embarrassée

J’envisageais, en ce temps-là, de m’établir en Autriche, pays ultra-catholique qui manquait réellement de missionnaires ; toutefois, je reconnais avoir confondu envie de voir du pays et appel de Dieu. J’y suis allé, mais je n’y suis pas resté.

Un jour, j’ai eu l’occasion d’apporter mon témoignage dans un café-bar, à Knittelfeld.

Tout en parlant, je réalisais combien j’avais du mal à trouver le mot juste, et combien je me mélangeais les pinceaux avec les déclinaisons, sans parler des fautes de prononciation propres aux francophones. Je me rendais compte qu’il me faudrait rester des années dans ce pays pour parler l’allemand correctement. Et je me disais : je suis sûr qu’ils n’ont rien compris.

L’année suivante, je me trouvais à Graz, et j’ai eu cette conversation avec un jeune pasteur :

« Vous êtes Français ?

– Oui.

– Et vous n’étiez pas à Knittelfeld, l’année dernière ?

– En effet.

– Et à Knittelfeld, vous avez donné votre témoignage dans un café-bar.

– C’est exact.

– Le mois dernier, j’ai baptisé deux jeunes filles, et elles m’ont dit avoir été touchées après avoir entendu le témoignage d’un Français, dans un café-bar, à Knittelfeld. C’était donc vous ! »

De même que Jérémie se croyait inapte au ministère prophétique à cause de ses difficultés d’élocution (Jérémie 1.6), j’ai appris, ce jour-là, ce que Dieu est capable de faire avec un bafouilleux.

30. Les spéculoos

Ma grand-mère maternelle allait parfois en Belgique, et elle nous ramenait des spéculoos.

« C’est fabriqué en Belgique, » nous disait-elle.

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que la Belgique était un pays. Je croyais que c’était un ingrédient.

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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