Les piques de l’ami Randol (31-40)

31. Fausse note

Dans certaines langues africaines, comme le sango, les mots peuvent revêtir un sens différent selon qu’on les prononce sur un do, un ou un mi.

Avant d’étudier la langue, il faut commencer par apprendre le solfège.

Si vous demandez votre chemin à une dame et qu’elle vous passe une paire de gifles, c’est que vous avez loupé un bémol.

32. Un Marseillais à la SNCB

Mesdames et Messieusse, biengvenue dans le traignelle à destinatiogne de Monse. Ce traigne au départ de Tournaille s’arrêtera à Anetouaigne, Péruwouelze, Blatogne, Saigne-Gisselaigne, Couareugnogne et Jemapse (ente cinq minutes).

33. Comment faire ?

Pour être connu, il faut être publié chez Gallimard. Pour être publié chez Gallimard, il faut être connu.

34. Difficile de se comprendre (2)

Le Français n’est pas doué pour les langues ; j’ignore si c’est aussi le cas du Wallon.

Quand quelqu’un demande son chemin en anglais à un Français, dans la plupart des cas, celui-ci ne répondra pas en anglais, même s’il en possède quelques bases. En effet, le Français est conscient qu’il le parle avec une prononciation déplorable, et il a peur du ridicule.

C’est pour cette raison que dans la Belgique néerlandophone, il répugnera à parler flamand : de toute façon, il ne sait pas prononcer le G. Le Flamand et le Néerlandais, en revanche, apprécient qu’on leur dise, ne serait-ce que bonjour, dans leur propre langue, et tant pis si on lui dit roudemoreune, ce n’est pas grave, l’important, c’est qu’on ait fait l’effort de le leur dire.

35. la mort de Lully

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) était peut-être un grand musicien, mais c’était surtout une crapule avérée. Quel dommage qu’il ne faisait pas de politique !

À son époque, on ne dirigeait pas l’orchestre avec une baguette, comme Karajan, on se servait d’une grande canne ornée d’une multitude de rubans.

Or, un jour qu’il dirigeait, il s’en donna un grand coup sur le pied.

« Aïe ! Hou là là ! »

Sa blessure s’infecta, il en mourut.

Sachant sa dernière heure proche, il fit venir un prêtre.

Comme il avait beaucoup beaucoup beaucoup de péchés à confesser, l’homme d’Église lui demanda, pour pénitence, de brûler son dernier opéra. C’est ce qu’il fit.

« Quel dommage, lui dirent ses amis (car il en avait malgré tout), détruire un manuscrit comme celui-là !

– Rassurez-vous, j’en ai fait une copie. »

36. Plus fort que Wolfie, tu meurs !

Vous n’imaginez pas à quel point notre ami Wolfgang Amadeus est un génie ! Lui seul a été capable d’écrire un concerto pour un instrument inventé cinquante ans après sa mort.

37. Explication

L’instrument en question est un glas-harmonica, inventé du vivant de Mozart par Benjamin Franklin, selon le principe des verres de cristal plus ou moins remplis d’eau. Le cristal étant fragile, il n’existait plus un seul de ces instruments en bon état au XXe siècle. On a donc pris l’habitude de le remplacer par un célesta. Ne soyons donc pas surpris de lire sur une jaquette : Mozart, Concerto pour célesta.

38. Rrusophone

Les rroux sur ra parrette.

– Les roues… ? sur l’appareil ? Je ne comprends pas. Quel appareil ?

– Mais non ! Ra parrette ! rà ! devant toi. Tu ne ra vois pas ?

– Ah ! oui ! la parrette ! »

Il voulait mettre les rouleaux sur la palette.

39. Evgueni Bielaïev : Un point d’orgue historique

Les chœurs de l’Armée rouge se sont produits à Paris en 1975. Bien que Gougleu et Tutube n’ont pas l’air de s’en souvenir, c’était un événement exceptionnel, car l’URSS ne lâchait pas ses copains comme ça. J’ai eu la chance d’être présent à ce concert.

Quelle différence avec les spectacles de variétés sans intérêt que nous produit maintenant cette noble formation ! C’est bien la seule chose qui me ferait regretter le communisme !

Le ténor solo s’appelait Evgueni Bielaïev.

De toute évidence, Kalinka devait boucler le programme. Au dernier couplet, Bielaïev a tenu un point d’orgue : « Kaaaaaaaaaaa… »

Cela durait déjà depuis une bonne minute. Le public commençait à applaudir jusqu’à couvrir la voix du chanteur. Je ne saurais dire combien de temps dura cette ovation. Elle s’affaiblit enfin, puis se tut. Bielaïev n’avait pas repris sa respiration : «… aaaaaa-lin-ka, kalinka, kalinka maïa… »

40. Meublé pour pas cher

Une grosse pointure des Assemblées de Dieu, dont je tairais le nom pour m’éviter un procès en diffamation, avait la réputation d’être très exigeant envers ses stagiaires, ce qui signifie qu’il en a viré un bon paquet.

« J’en avais un qui avait acheté un fauteuil, » expliquait-il un jour aux élèves de l’école biblique, potentiellement ses futurs stagiaires.

« Mais pourquoi tu as acheté un fauteuil ?

– Eh bien !… pour méditer… comme Butler. »

La possession d’un fauteuil étant manifestement un signe de paresse et la paresse étant, comme chacun sait, l’un des sept péchés capitaux, le sort du stagiaire était réglé comme du papier à musique.

« On a jeté le frère mais on a gardé le fauteuil, » conclut le maître.

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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