Les piques de l’ami Randol (41-50)

41. À la tienne !

Au temps glorieux du réveil, les églises pentecôtistes n’avaient pas les moyens d’acheter ou louer des bâtiments et devaient le plus souvent célébrer leur culte dans des bistros.

Un frère avait pris l’habitude de venir bien avant l’heure de la réunion et de s’enfiler une bière ou deux en attendant. Quand il voyait les autres frères qui commençaient à arriver, il prenait congé de la compagnie.

« À la prochaine, les gars ! Je m’en vais en pousser une. »

42. N’avoue jamais

«N’avoue jamais, jamais, jamais, jamais, jamais.
N’avoue jamais que tu l’aimes. »

C’est le début d’une chanson de Guy Mardel, pour les nostalgiques des années soixante.

Il y avait une brouette qui traînait dans le préau de l’école. C’était une occasion rêvée, pour mon copain et moi, de faire un peu les imbéciles. L’instituteur de surveillance, ce jour-là, s’appelait Girodeau, lequel Girodeau, nous ayant surpris au beau milieu de nos acrobaties, distribua à chacun des deux une solide paire de gifles.

Le temps d’une récréation, nous nous étions vengés en bâclant un pastiche :

« N’avoue jamais que tu es monté sur la brouette,
Car le père Girodeau, etc, etc… »

Le tube ! À la récréation suivante, nous chantions notre chanson à qui voulait l’entendre. Nous aurions dû nous faire payer.

« Tu peux nous la rechanter ta chanson ?

– N’avoue jamais que tu es monté sur la brouette,
Car le père Girodeau…
 »

Mes copains rigolaient tout ce qu’ils savaient. Je me suis retourné discrètement : le père Girodeau, il était debout derrière moi, les bras croisés, l’air furibard.

« Euh !… Oui… bon… voilà voilà ! »

43. « C’est bon pour a santé…

… tous ces produits traités. » (Pierre Perret)

Quand j’étais petit, on me disait : « Il faut manger la peau des fruits, c’est là-dedans qu’il y a toutes les vitamines ».

Quand je suis devenu grand, on m’a dit : « Il ne faut pas manger la peau des fruits, c’est là-dedans qu’il y a tous les pesticides. »

44. Le grand grisonnant avec une chaussure noire

Je m’apprêtais à aller chercher à l’école les enfants dont mon épouse avait la garde. Je me rends dans le cellier où nous avons l’habitude de garder nos chaussures. L’ampoule claque. Tant pis, je n’ai pas le temps de la remplacer, je me chausse dans la pénombre. Je vais à l’école, je rentre à la maison avec les enfants.

Sur le chemin du retour, je m’aperçois que j’ai une chaussure noire à un pied et une rouge à l’autre. J’ai fait tout le chemin accoutré de la sorte. Monsieur le maire, qui vient lui aussi à l’école récupérer ses filles a dû me voir avec mes chaussures dépareillées.

Une chance pour moi, c’était justement jour de carnaval, ce qui m’a sans doute permis d’échapper au ridicule.

45. Dialogue historique

Le Guilvinec est un petit port bien tranquille du sud de la Bretagne. Tranquille, il l’est tous les jours, mais pas ce matin-là. Entouré de ses gardes du corps, le président de la République, Nicolas Sarkozy, parcourt les rues sous les huées.

« Enculé ! » crie un jeune marin du haut d’un surplomb. Le président suspend sa marche, lève les yeux vers l’endroit d’où est tombé le gros mot :

« Qui c’est qu’a dit ça ? C’est toi qu’a dit ça ? Ben descends un peu le dire. Descends.

– Si je descends, je te mets un coup de boule, donc vaut mieux pas.

– Si tu crois… si tu crois que c’est en insultant qu’tu… qu’tu vas régler le problème des pêcheurs ! Eh ben perpets-moi d’te dire… (sic) perpets-moi kte… ktu… ptk… ktpu… ptsché… Ben viens ! Viens, viens, viens qu’on discute… »

Une telle mésaventure aurait-elle pu arriver au Général ? Pas même à Chirac.

46. Zéro de conduite

Mon petit fils est puni, il a donné un coup de pied à la maîtresse et un coup de poing dans l’étagère. Son père lui a passé une soufflante maison :

« Que tu aies frappé la maîtresse, c’est déjà pas bien, mais que tu aies frappé l’étagère, c’est intolérable ! »

47. Mon bilan

J’ai voulu être un grand prédicateur comme Spurgeon : je prêche.

J’ai voulu être un grand musicien comme Berlioz : je joue de la musique.

J’ai voulu être un grand écrivain comme Balzac : j’écris.

J’ai rêvé de gagner le Tour de France, je fais mes vingt kilomètres à vélo, quand il fait beau.

J’ai donc réussi ma vie, modestement.

48. Vachement fastoche !

C’est facile de faire une ballade. Je commence par écrire le mot « Prince », après, le reste vient tout seul.

49. Un cri

J’ai acheté chez un bouquiniste un vieux dictionnaire des rimes. J’y ai trouvé en marque-page ce manuscrit anonyme :

– Écris-moi un recueil de nouvelles ;

– Écris-moi un recueil de poèmes ;

– Écris-moi quelque chose de beau sur Papa et Maman, car je les aime trop. Brosse leur portrait, leurs immenses qualités, (profonds, sincères, vrais, généreux, modestes, gentillesse… gaieté et humour de (illisible), qualités de cœur. Nous pensons trop aux autres avant de penser à eux.

 J’ai besoin de parler de ce que je vis, de parler de mon expérience. J’ai besoin de faire éclater ma souffrance, mon chagrin.

– N’oublie pas de parler de Dieu.

Je t’en supplie.

50. La baleine de Jonas

Chacun sait que Jonas n’a pas pu être avalé par une baleine, il était trop gros pour passer entre les fanons. En revanche, il aurait très bien pu se faire gober par un grand cétacé, par exemple un cachalot.

Il est cependant impossible qu’il ait passé le ouiquende dans la carcasse de la bête. Il y serait vite mort asphyxié. À moins que…

À moins que ce cachalot ait souffert d’aérophagie. Dieu pense vraiment à tout.

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© 2021 Lilianof

 

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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