Les piques de l’ami Randol (51-60)

51. Insupportables supporteurs

Et vous ? Vous supportez la France ou la Belgique ?

– J’ai déjà assez de mal à supporter mes voisins, s’il faut que je supporte tout un pays ! »

52. À la tienne ! (2)

L’Assemblée de Dieu de Vichy avait trois annexes : Gannat, Moulins et Jaligny. J’avais une affection particulière pour celle de Jaligny sur Bresbe, un trou creusé au fin fond du Bourbonnais, rendu célèbre par le film Un Idiot à Paris. Cela se passait chez un fermier, dans une grange au sol de terre battue, les gens venaient parfois au culte en charentaises, les poules et les canards assistaient aussi à la célébration. Il fallait partir de bonne heure. Nous étions jeunes mariés et nous avions une Renault 14, un véhicule maniable comme un porte-avions que j’avais surnommé « la Voiture des Grands Espaces ». Nous prenions avec nous une Vichyssoise, puis nous faisions un détour par Saint-Gerand-de-Vaux pour prendre une mamie. Je déposais tout le monde à Jaligny et je partais chercher deux ou trois paysans dans un village de Saône-et-Loire. Après la réunion, on faisait le même circuit en sens inverse. Nos frères de Bourgogne m’invitaient à m’arrêter boire un coup, ce que je refusais gentiment : la route est plus longue que large.

« C’est-y qu’la Josiane elle va t’engueuler si tu bois un verre avec nous ? »

53. Schwitzer Düüüütsch

Le problème des Alémaniques, c’est que quand ils disent « je t’aime » à une fille, elle croit qu’elle va se faire mordre :

« Irkrrhh lièb dirkrrhh ! »

Et moi je m’étais inscrit à un camp d’évangélisation près de Saint-Gall pour faire des progrès en allemand.

J’arrive sous la tente : une jeune fille est en train de raconter une histoire aux enfants. Je me dis : c’est curieux, j’ai un niveau assez moyen en allemand, c’est normal que je ne comprenne pas tout, mais là je ne pique absolument rien.

Le soir, il y avait un concert avec une chorale salutiste qui s’appelait Happy People.

Le groupe a été présenté :

« Nous avons la joie d’accueillir ce soir Happy People. Happy People, ça veut dire en anglais Friilirkrrhi Lüüüt. »

Du même coup, j’ai compris pourquoi je n’avais rien compris.

54. Un train peut en cacher un autre

J’habitais à Châteaudun le long de la ligne de chemin de fer. Il y a eu sur cette ligne des travaux qui ont duré tout l’été. Pendant trois mois, plusieurs fois par jour, un train partait de la gare sans voyageurs. Il s’arrêtait juste sous ma fenêtre, il donnait un coup de trompette et faisait marche arrière. J’ai écrit à la SNCF, leur demandant de m’expliquer la raison de tout ce bronx. Ils ne m’ont jamais répondu.

55. Réponse de Normand

Il y a bien longtemps, dans ma jeunesse, j’ai demandé une Normande en mariage. Elle m’a répondu : « Ben j’sais pas. »

Plus tard elle m’a dit oui, ensuite elle m’a dit non.

Si j’avais aimé une Bruxelloise, ç’aurait été beaucoup plus simple, elle m’aurait dit : « Non peut-être ».

Ça veut dire oui.

56. Toponymie

En Eure-et-Loir, il y a Unverre, Unpeau, Abondant, Bû et Buglou.

57. Pâte à modeler

J’ai l’impression que l’église est une grosse boule de pâte à modeler. Et toi, tu es une petite boule jaune, une petite boule bleue, une petite boule violette. Et voilà qu’une grosse main t’empoigne, elle te pétrit, elle te colle à la grosse boule, elle pétrit la grosse boule, et, grâce à toi et à tes copines, la grosse boule prend du volume, pour le plus grand bonheur de celui qui t’a malaxée, mais toi, maintenant, tu fais partie d’un gros machin couleur caca d’oie.

Alors que faut-il faire ? Refuser de faire partie de l’église pour garder sa belle couleur jaune, ou bleue, ou violette ? Moi, j’ai une meilleure idée.

Si seulement…

Si seulement tu laissais le Saint-Esprit te prendre entre ses doigts, petite boule jaune ! Il te pétrirait, il te donnerait une forme, arrondie ou allongée, peut-être qu’il te mêlerait à une petite boule bleue pour faire une petite boule verte. Il composerait un tableau multicolore.

Comme ce serait beau !

Les hommes sont des bourrins, le Saint-Esprit est un artiste.

58. De bonne guerre

Vous prenez une bonne histoire belge, vous y remplacez les termes « pourquoi les Belges » par « pourquoi les Français » et « frites » par « camembert », et vous avez une bonne histoire française. Retour à l’envoyeur :

Pourquoi les Français rasent-ils les murs ? – Parce que les murs s’écamembertent.

Ah ! Tiens ! Ça ne marche pas à tous les coups.

59. Polcor

En français, le mot « nègre » n’est pas intrinsèquement injurieux, il faut pour cela que le contexte lui-même soit injurieux. Malheureusement, nos contemporains sont devenus tellement bêtes qu’ils ont perdu la notion de contexte. Heureusement, les élites bien-pensantes qui pensent pour nous et veulent nous forcer à penser comme eux ont décidé de bannir ce mot du vocabulaire. Comme ça, pas d’histoire !

Ami Antillais ou Africain, si quelqu’un te traite un jour de « sale personne de couleur », ce ne sera ni raciste ni injurieux, ne le prends pas mal.

Politiquement correct !

60. Ça s’est passé comme ça.

J’ai une écriture de phacochère, ça fait plus de cinquante ans qu’on me le dit.

C’est pourtant grâce à ma vilaine écriture que j’ai pu rencontrer la femme de ma vie.

C’était en 1983, à l’occasion d’une rencontre d’anciens élèves du Centre de Formation Biblique qui, à cette époque siégeait à Bièvres. Je venais de vivre une expérience désastreuse sur le plan sentimental et la plaie n’était pas tout à fait guérie. Mes anciens condisciples qui l’avaient connue ne parlaient d’elle qu’en bien. La voilà qui arrive. Ils ne m’avaient jamais dit qu’elle était aussi jolie.

Je la regarde, et je me dis : « Elle me plaît bien, cette fille. À tous les coups, je vais en tomber amoureux et je vais encore me prendre un râteau. Ça suffit comme ça ! »

Alors, je me suis dit : « Voilà ce que je vais faire : je vais lui tirer une tête de cochon, comme ça, si jamais ça marche entre nous deux, je ne pourrais pas dire qu’il n’y a pas miracle. »

« Bonjour, je m’appelle Josiane.

– André. »

Et je tourne les talons.

Entre temps, elle discute un peu avec ses copines.

« Il me manque un cours sur l’Épître aux Éphésiens, tu ne sais pas qui pourrait me le passer ?

– Demande à André, il est doué pour prendre des notes.

– Qui ? Cet ours, là ? Pas question ! »

Et la jeune fille est rentrée chez elle, mais elle voulait tellement avoir ce cours qu’au bout de quelques jours, elle s’est décidée à m’écrire. Cette fois, je lui ai répondu très gentiment, joignant à ma lettre une photocopie de mes notes manuscrites.

Elle ne tarda pas à m’envoyer une réponse embarrassée :

« Je suis désolée, ce n’est pas que tu écris mal, mais il y a plusieurs mots que je n’ai pas compris.

– Tu n’as pas à t’excuser, je reconnais que j’ai des difficultés à écrire lisiblement, etc. »

Nous avons continué à échanger des correspondances, j’habitais à Vernon, elle à Vichy, cela ne nous a pas empêchés de nous revoir.

C’est ainsi que tout a commencé.

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© 2021 Lilianof

 

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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