Bourane – cinquième tableau

Cinquième tableau

L’église de Jadrino. C’est l’aube, la tempête s’est calmée. Macha est endormie sur un banc. Elle est assistée par quelques jeunes filles.

Scène première

MACHA – Le POPE – CHŒURS

CHŒURS

С нами Бог,
Rазумейте языцы,
И покаряйтеся:
Яко с нами Бог.
Услышите до последних земли:
Яко с нами Бог.
Яко
с нами Бог.

Dieu est avec nous.
Écoutez, nations altières,
Soumettez-vous, langues fières,
Faites silence au nom du Père
Car Dieu est avec nous.

Dieu est avec nous.

Que chacun se jette à genoux
Et que l’on craigne son courroux
Jusques aux confins de la terre,
Car Dieu est avec nous.
Dieu est avec nous.

JEUNES FILLES

Dans la chapelle glacée
Dort la pauvre fiancée.
Et son beau prince, où est-il ?
Il affronta le péril,
Le bourane et la tourmente
Et la fille se lamente.
Qui pourra la consoler,
Soulager son cœur troublé ?

Dans la chapelle glacée
Dort la triste fiancée.
Déjà se lève le jour,
Le coq chante dans la cour
Et la fille se lamente,
– Qu’elle est cruelle, l’attente ! –
Soupirant vers son époux
Qui n’est pas au rendez-vous.

(Macha se réveille.)

Le POPE

Comment va la demoiselle
Assoupie dans la chapelle ?
Vous avez dû mal dormir
Sur ce dur banc.

MACHA

                          Vladimir !
Il s’est perdu dans la plaine,
Il viendra, j’en suis certaine.
Je veux me rasséréner ;
Il ne peut m’abandonner.

JEUNES FILLES

Pauvre fille bien aimée !
Pauvre amante désarmée !
Ô cruelle adversité !
Qu’as-tu fait de ta gaîté
Alors qu’à la nuit tombante,
Belle amie, blonde charmante
Tu quittais la troïka
Et ton cocher Tériochka,
Tu montrais sur cette place
Un sourire plein de grâce ?

MACHA

Comme un oiseau passager
Cœur brisé, cœur affligé,
Dans la tempête engloutie
Toute ma joie s’est enfuie.

Le POPE

Hélas ! Mon pauvre enfant
Je comprends votre tourment.
Votre amoureux, dans la tempête,
Sans doute aurait perdu la tête.

MACHA

Il aurait eu quelque accident
Et dans ce bourane grondant,
Étouffé sous une congère…
Est-il en vie ? Je désespère.
Mon cher époux, mon Vladimir,
Mon pur diamant, mon bleu saphir…
Adieu plaisirs du mariage,
Cette nuit, Macha fit naufrage,
Elle se laissera mourir.

Le POPE

Ma fille, il ne serait point sage
De nous attarder davantage.
Un dernier chant pour nous quitter.
Que l’Éternel en sa bonté
T’accorde la félicité.

CHŒURS

Dieu est avec nous.
Écoutez, nations altières,
Soumettez-vous, langues fières,
Faites silence au nom du Père
Car Dieu est avec nous.

Dieu est avec nous.
Que chacun se jette à genoux
Et que l’on craigne son courroux
Jusques aux confins de la terre,
Car Dieu est avec nous.
Dieu est avec nous.

(Pendant ce chant liturgique, un voyageur, fatigué par les intempéries, vêtu d’un manteau d’ours et coiffé d’une chapka, semble hésiter à entrer dans l’église.)

Scène II

MACHA – Le POPE – Le VOYAGEUR – CHŒURS

Le VOYAGEUR

Dans la modeste basilique
J’entends chanter d’anciens cantiques.
C’est vrai, je ne crois guère en Dieu
Mais j’aurais besoin d’un bon feu.
Allons vers ce métropolite,
Lavons nos mains dans l’eau bénite.
Pour me rendre mon embonpoint
Les hosties ne nourrissent point.
Entrons sans bruit dans ce saint temple.

(Il entre.)

Mais, par exemple !

Est-ce une heure pour épouser ?
Que fabrique le fiancé ?
Je ne vois que la bonne femme
Un pauvre cierge de sa flamme
Éclaire à peine sa beauté.
Visage plein de majesté,
Qui donc pourrait lui résister ?

****

Et comme il fait sombre ici ! Triste lieu pour une noce !

Le POPE

Nous vous attendions, cher ami ?

Le VOYAGEUR

Vous m’attendiez ?

Le POPE

Et nous pensions que vous ne viendriez plus. Votre chère Maria Gavrilovna fondait en larmes et nous nous apprêtions à partir.

****

Le VOYAGEUR

Mais qu’est-ce donc enfin que cette histoire ?
Je ne parviens à le croire
Et je n’y comprends rien.
Quel sort étrange est le mien !Dans cette campagne perdue
Au fond de la blanche étendue,
Dans quel village obscur m’auront conduit mes pas ?
Je ne sais pas.
Dans une église,
Quelle sottise !
C’est à Vilna que l’on m’attend.
J’ai perdu mon régiment.

CHŒURS

La pauvrette en perdait la vie,
Désespérée, anéantie,
Et de nouveau évanouie.
Qu’on la ranime avec douceur.
Éprouvante nuit ! Pauvre sœur !
Épousez donc votre promise.
N’attendez pas.

Le VOYAGEUR

                                       Quelle méprise !
On me prend pour le fiancé ;
Me voilà fort bien avancé !
Par ma foi, la fille est jolie.
Dans cette incroyable folie
Je l’épouserais pour de bon
Puisque le vrai nous fait faux bond !
L’occasion qui se présente
Rend la farce plus amusante.

CHŒURS

Allons-nous bientôt commencer ?
Il serait temps de nous presser.

Le VOYAGEUR

Ces jeux plaisants sont de mon âge.
La voilà qui sort du cirage.

****

Le POPE

Vladimir, asseyez-vous à côté de la mariée. Les alliances sont là ? Parfait. Allons-y promptement, nous avons pris beaucoup de retard.

****

C’est un hymen en secret
Il convient d’être discret ;
Sans attendre davantage
Procédons au mariage
Car déjà pointe le jour,
La vie s’éveille alentour.
Pour la forme un cantique
Court et unique.

CHŒURS

Comme l’huile versée sur la tête d’Aaron
Sur les pans de sa robe aussitôt répandue,
Qu’une joie fraternelle est en nous bienvenue !
Oui, comme la rosée que les vents de l’Hermon
Dépose le matin sur les monts de Sion.
C’est là que Dieu envoie sa bénédiction.

****

Le VOYAGEUR

En effet, c’est du vite expédié.

Le POPE

Vladimir, voulez-vous prendre pour épouse Maria Gavrilovna, ici présente ? Promettez-vous de lui demeurer fidèle jusqu’à la mort ?

Le VOYAGEUR

Oui.

Le POPE

Maria, voulez-vous prendre pour époux Vladimir Nikolaïevitch, ici présent ? Promettez-vous de lui demeurer fidèle jusqu’à la mort ?

MACHA

Oui.

Le POPE

Au nom du père, du Fils, du Saint-Esprit et de notre Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, je vous déclare mari et femme.

(Échange d’alliances.)

Vous pouvez embrasser la mariée.

****

MACHA

Ce n’est pas lui ! Ce n’est pas lui !
À quel monstre ai-je dit oui ?

(Macha s’enfuit. L’assistance se disperse. Le Voyageur sort précipitamment).

Le POPE

Tout le monde prend la fuite.

Le VOYAGEUR

(dehors)

Cocher, au plus loin d’ici. Vite ! Vite !

(Le pope se retire dans la sacristie. Il ne reste que la lumière des cierges. On entend un bruit de chevaux. Vladimir entre dans l’église vide.)

****

VLADIMIR

Holà ! Quelqu’un ?

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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