Bourane – Epilogue

Epilogue

Tchernaïa Retchka, près de Saint-Pétersbourg, une clairière enneigée.

D’ANTHES – KOUZNETSOV – POUCHKINE – LERMONTOV

KOUZNETSOV

Crois-tu qu’il viendra ?

D’ANTHES

Bien sûr, c’est un homme d’honneur, et sa colère n’a fait que s’exacerber. Il faut lire les lettres d’injure qu’il m’a adressées ! Moi aussi, j’ai de bonnes raisons de vouloir le tuer. Qu’ai-je à craindre de lui ? Un rimailleur. J’espère pour lui qu’il manie le pistolet aussi bien que la plume et l’encrier.

KOUZNETSOV

Il vaut mieux ne pas l’espérer.

D’ANTHES

Le voici.

(Entrent Pouchkine et Lermontov. Lermontov porte un étui contenant les pistolets. D’Anthès en prend un, puis s’éloigne avec Kouznetsov.)

POUCHKINE

Aujourd’hui l’affront sera lavé.

LERMONTOV

Tu ne crains pas de mourir.

POUCHKINE

Mourir ? Il faudra bien mourir de quelque chose. Et puis, pendant mon exil à Mikhaïlovskoïe, je n’avais pas de partenaire pour le boston, alors j’occupais mes journées en apprenant à tirer, une distraction qui va m’être bien utile.

LERMONTOV

Ton adversaire est prêt.

POUCHKINE

Tiens-toi à l’écart. J’ai quelque doute sur l’adresse de ce bellâtre et une balle perdue est vite arrivée.

(Pouchkine tire.)

D’ANTHES

Le scribouillard m’a percé le bras droit. Heureusement, je suis gaucher.

(D’Anthès, tire à son tour. Pouchkine tombe.)

LERMONTOV

Sacha !

****

POUCHKINE

Je ne suis pas vengé, la balle m’a percé.
Que d’encre répandue et que de sang versé !
Ainsi finit la vie d’Alexandre Pouchkine
Tout comme en son roman « Ievgueni Oniéguine ».

(Il meurt.)

LERMONTOV

Il est mort, le poète, esclave de l’honneur.
Le poète abattu, calomnies et rumeurs,
Affamé de vengeance, le plomb dans la poitrine,
Il s’affaisse à genoux et la tête il incline.
Son âme et son esprit n’auront pu supporter
Les moqueries, la honte. Son cœur s’est révolté
Contre ces temps frivoles et ces années obscures,
L’hypocrisie des grands, des puissants la censure ;
Seul, tout comme autrefois et tué ! À quoi bon
Pleurer sur sa dépouille et demander pardon.
Excuses pathétiques ! Louanges insipides !
Oui, le voilà tué, dans la neige, livide.

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© 2021 Lilianof

Publié par Lilianof

J’avais quatorze ans lorsque m’est venu le désir de devenir écrivain. Mais après l’adolescence, j’ai décidé de ne plus écrire. Ce n’est qu’après trente ans de silence que m’est venue l’idée d’une très courte comédie : « Un drôle d’héritage ». C’était reparti ! Après avoir été facteur dans l’Eure-et-Loir, je suis installé, depuis 2013, à Vieux-Condé, où je retrouve mes racines, étant petit-fils de mineur. La Bible et Molière sont mes livres de chevet.

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